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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/47

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Cornélie. — Je gage que vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites.

Seeburg. — Pardonnez-moi, je vous ai vue l’écouter avec attention.

Cornélie. — Je ne vous parle pas de cela, je vous parle de son esprit et de l’éloge que vous m’en faites.

Ils furent quelque temps sans parler. Cornélie lui vit remuer les lèvres, elle sentit son cœur défaillir, et se hâta de dire :

— Il a fait bien chaud aujourd’hui.

Paul ne répondit pas. Il y eut encore un moment de silence, puis ils échangèrent quelques paroles insignifiantes. Paul pensa : — Il faut que je parle ou que je ne revienne jamais ici. — Il avait les yeux fixés sur la porte du salon qui avait un vitrage en verres de couleur. Les couleurs disparaissaient les unes après les autres, à mesure que la nuit arrivait. Le bleu était éteint, le rouge s’obscurcissait ; Paul se dit : — Après tout, je vais parler ; si elle repousse l’aveu de mon amour, tout sera fini, je parlerai quand on ne verra plus du tout le rouge du vitrail. — Le rouge s’éteignit à son tour. Paul sentit mille millions d’épingles dans sa gorge.

Cornélie raconta que son rosier mousseux blanc était en fleurs.

— Allons, dit Paul, quand le jaune disparaîtra.

Le jaune disparut. Paul toussa…

Un domestique apporta deux bougies, toute l’audace de Paul s’évanouit comme un fantôme à la lueur du premier jour. Cornélie se leva pour cacher sa rougeur ; car, depuis qu’ils causaient ensemble et pendant que Paul lui disait tant de choses niaises et inutiles, elle entendait dans son cœur : Cornélie, je vous aime.

— J’ai bien fait de ne pas parler, se dit Seeburg absolument comme si cela avait été un effet de sa volonté, il vaut mieux écrire ; quelqu’un ou elle-même aurait pu m’interrompre dès les premiers mots. Une fois qu’elle aura ma lettre, elle la lira tout entière ; elle saura alors tout ce qui se passe dans mon cœur, elle saura combien elle est adorée. J’écrirai.

Il écrivit, mais il n’eut pas occasion de donner sa lettre. Quelques jours après, il se trouva seul avec Cornélie, il chercha son épître ; mais il songea que ce papier, plié dans sa poche depuis trois ou quatre jours, devait être sale aux endroits des plis : il faudra le recopier, il recopia. Mais quand il voyait Cornélie, ou elle n’était pas seule, ou elle avait un air plus sérieux que de coutume, ou bien encore l’impression qu’il recevait de sa présence n’était pas celle qui avait dicté la lettre. La lettre était ou trop froide ou trop véhémente, ou bien