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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/469

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et aux protégés du système industriel introduit chez nous dans les plus mauvais jours de la restauration.

Ce sont là de puissans renforts, il faut l’avouer, pour les prétentions de ces industries qui, disposant de la majorité dans les deux chambres ainsi que dans le corps électoral, y combattent, avec toute l’âpreté de l’égoïsme, pour le maintien d’une législation qui opprime le pays. Et si les hommes d’état, trop peu nombreux, qui sont d’avis d’ouvrir quelques brèches dans la triple enceinte de la prohibition, n’invoquaient aujourd’hui d’autres argumens que ceux que la science économique fournit, on ne doit pas se dissimuler qu’ils échoueraient encore, comme ils échouent depuis dix ans, devant le concert des industries féodalement constituées. Celles-ci vaincraient sans peine la rhétorique d’un ministre, puisqu’elles sont parvenues à étouffer les cris de détresse poussés dans nos départemens méridionaux par les producteurs de vins et de spiritueux, à qui notre système commercial interdit les débouchés extérieurs.

Il n’y a que la nécessité politique qui puisse faire violence à un ordre de choses aussi compacte, et amener la réforme de nos tarifs. Les progrès de la raison publique sont d’un faible secours pour lutter contre des intérêts fortement organisés ; nous l’avons suffisamment éprouvé. Mais lorsque la sécurité, la puissance ou l’avenir du pays est engagé dans une combinaison qui doit avoir pour effet d’abaisser les barrières de douanes, alors les résistances s’affaiblissent ; il n’y a plus que les mauvais citoyens qui puissent persister dans leur opposition.

La nécessité qui existe pour la France de former des associations commerciales avec les états voisins est plus évidente et plus impérieuse que jamais. L’union allemande, après s’être étendue jusqu’au duché de Brunswick, et après avoir décidé, ou peu s’en faut, l’accession du Hanovre, englobant déjà tout l’espace compris entre le lac de Constance et la Baltique, entre les frontières de, la France et les frontières actuelles de la Russie, empiète maintenant sur le terrain de nos alliances, nous donne des inquiétudes sur la fidélité de la Belgique et de la Suisse, et se fait faire, par le gouvernement belge ainsi que par une minorité des cantons, des avances que la Prusse tout au moins ne se propose pas de dédaigner long-temps.

La première conséquence de l’association prussienne a été la prépondérance acquise au nord de l’Allemagne sur le midi, à l’intérêt manufacturier sur l’intérêt agricole, aux tendances réactionnaires sur les idées libérales, à l’influence de Berlin sur l’influence de Paris. L’unité allemande, ce rêve d’un patriotisme extatique, a pris corps entre les mains et au profit de la Prusse. C’est sous la forme de la domination prussienne que cette pensée se présente aux populations. La suprématie de la Prusse s’est substituée, dans la confédération germanique, à celle de l’Autriche, qui s’est rejetée sur l’Italie. La Prusse a donné, aux états que l’association comprend, son système de douanes et son unité monétaire ; elle les fait entrer en partage de ses revenus, négocie pour eux avec l’Europe, leur ouvre un accès à la mer, et leur communique