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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/453

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On n’a trouvé personne dans les deux maisons sauvées. Les femmes et les enfans qui les habitaient ont-ils péri dans les flammes, ou se sont-ils sauvés dans quelque autre habitation ?

Le jour commence à poindre ; le butin et les prisonniers arrivent avec leur escorte ; les vainqueurs entonnent des chants guerriers. Personne ne sort des maisons ; on renferme provisoirement les prisonniers dans les deux maisons abandonnées, et on y place des sentinelles.

Chacun alors s’empresse de rentrer chez lui avec sa part de butin, le prince Céderic comme les autres. Mais quel n’est pas l’étonnement du prince, lorsqu’il ne trouve chez lui aucune des femmes de la princesse Frédérique ! Il se hâte d’entrer dans l’appartement de la princesse ; elle n’y est pas !… il est effrayé du désordre qui y règne, des meubles brisés, des portes enfoncées ; le palais a été pillé ! Le prince, accablé, veut s’asseoir, il ne reste pas une chaise.

Le prince n’est pas le seul qui trouve chez lui un pareil sujet d’étonnement et de douleur. Chacun de ses sujets trouve sa maison scrupuleusement déménagée ; il n’y a plus ni un meuble, ni une femme, ni un enfant, ni un vieillard dans Nihilbourg.

On se rassemble en tumulte sur la place ; le prince harangue ses sujets. Tout porte à croire qu’un perfide ennemi a lâchement abusé des ombres de la nuit pour s’introduire dans la ville et se livrer, au mépris du droit des gens, à toutes les horreurs dont est capable une soldatesque effrénée.

On accable les Microbourgeois de malédictions ; on s’étonne que le ciel laisse impunis des brigands pareils.


XLI.

On ne s’étonnait pas moins au même instant à Microbourg que le ciel ne se fît pas un devoir et un plaisir de foudroyer les scélérats Nihilbourgeois.

Le même jour de la Fête de la Paix, les Microbourgeois avaient eu, comme ceux de Nihilbourg, l’idée qu’il serait facile de surprendre leurs voisins et ennemis à la faveur de la fête et des fumées du vin. Ils s’étaient donc mis en chemin en prenanl des routes inusitées ; ils avaient eu les mêmes hésitations, les mêmes frayeurs, les mêmes succès que les Nihilbourgeois ; ils avaient, comme eux, emmené et emporté tout ce qu’ils avaient trouvé dans la ville ; comme eux, ils