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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/448

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était qu’on avait reçu de part et d’autre beaucoup de coups et de blessures.

Ce jour-là, c’était l’anniversaire du feu de joie fait avec l’orme litigieux. On célébrait dans les deux pays la Fête de la Paix.

La Fête de la Paix, dans les deux pays, commençait à l’heure où l’orme avait été frappé du premier coup de hache, et c’était encore un sujet de division entre les deux peuples. Les Nihilbourgeois assignaient à ce moment l’heure de cinq heures trois quarts, tandis que les habitans de Microbourg soutenaient que le coup avait été frappé à cinq heures et demie.

Pendant long-temps, de part et d’autre, on allait en procession à la place autrefois occupée par l’arbre ; mais, au bout de quelque temps, on remarqua que chaque année, à l’occasion de la Fête de la Paix, il survenait quelques rixes, et que c’était notoirement le jour de l’année où il y avait le plus de têtes fendues et de bras cassés. La procession était donc tombée en désuétude.

La Fête de la Paix, commencée à Nihilbourg à cinq heures trois quarts et à Microbourg à cinq heures et demie, durait toute la nuit. De part et d’autre, on la passait à danser, à boire, à chanter ; mais les chansons, qui commençaient par parler d’amour, finissaient, au bout d’un certain nombre de pots de bière, par dire quelques mots du peuple rival, et il s’en fallait de beaucoup que ces mots fussent révérencieux.

Voici à peu près ce qu’on chantait à Microbourg le jour de la Fête de la Paix :

« Dansons gaiement sous les vieux arbres, avec nos filles aux jupes courtes et aux belles jambes. Les robes longues sont bonnes pour les femmes de Nihilbourg. Tout ce qui nous inquiète, c’est de savoir où elles trouvent assez d’étoffe pour cacher leurs grands vilains pieds.

« Qu’aucune fille jamais n’aime un garçon de Nihilbourg, car nos femmes doivent avoir des enfans braves, de bons Microbourgeois.

« Mais d’ailleurs, où est celui des Nihilbourgeois qui oserait venir au milieu de nous ?

« Garçons de Microbourg, avons-nous encore les bâtons avec lesquels nous leur avons fendu tant de têtes ?

« Hourra ! »

Et on finissait par des cris et des récits des victoires remportées sur les Nihilbourgeois. À Nihilbourg, pendant ce temps, on chantait :