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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/444

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besoin de copier son écriture ; je me la suis rendue mienne. Naturellement j’écris avec son écriture, sans hésitation, sans imitation. On a levé les scellés hier. Vous ne savez que trop le contenu du testament réel : vous n’avez rien. Il faut vous présenter avec un autre testament. Il est tout fait : le voici, entièrement écrit de la main du testateur. Quatre cent mille francs.

Raoul. — Non, Pauline.

Pauline. — Je ne vous ferai plus le tableau de ce que je vous ai sacrifié, de ce que j’ai souffert pour vous ; mais je ne vivrai pas dans la misère, je ne lutterai pas contre la faim. Il faut vous décider, car, moi, je le suis. Dites-moi non encore une fois, et je me jette par la fenêtre. Il ne faut qu’un instant pour être brisée sur le pavé et ne plus souffrir.

Elle ouvrit à ces mots brusquement une fenêtre ; Raoul se précipita à ses genoux, et, les tenant embrassés :

— Pauline, Pauline, disait-il en sanglotant, ne me fais plus cette horrible menace, car je t’obéirais !

Pauline le releva, le serra dans ses bras, le couvrit de caresses, en cherchant par momens d’un œil scrutateur sur la physionomie de son amant les progrès qu’elle faisait sur ses irrésolutions.

L’ame de feu Bressier vit bien qu’il allait céder ; elle s’enfuit.

Quatre mois plus tard, Pauline et Raoul étaient sur les bancs de la cour d’assises, et un jeune procureur du roi, à la fin de son réquisitoire, s’écria : « Mais, messieurs, si j’ai appelé toute votre sévérité sur le coupable auteur de cette audacieuse tentative, il est un être sur lequel j’appellerai maintenant, non pas votre indulgence, mais votre justice, car l’indulgence ne sera que de la justice. a une malheureuse femme, cédant à l’ascendant que l’accusé a su prendre sur elle, habituée à n’avoir d’autres volontés que celles de l’homme qui l’avait entraînée et séduite, s’est, par ignorance, mêlée à ce scandaleux procès. Punissez la main, mais ne punissez pas l’instrument innocent. La complicité de Pauline n’est qu’un crime de plus qui pèse sur la tête de Raoul. »

Raoul fut condamné à cinq ans de travaux forcés. Il s’étrangla dans la prison.

Pour Pauline, elle est aujourd’hui la maîtresse du jeune magistrat.