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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/438

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Édouard. — Je te jure que je n’hésiterais pas à l’employer pour moi.

Léopold. — Mais que faire ? que devenir ? Je ne puis lui dire que je n’ai pas d’argent pour prendre une voiture ; je ne puis la reconduire à pied sans rien dire. Je voudrais être à cent lieues d’ici.

Édouard. — Peut-être voudra-t-elle aller à pied, elle demeure près d’ici.

Léopold. — C’est justement pour cela qu’il faut une voiture : à pied, on arriverait en cinq minutes. Mon Dieu ! que je suis donc embarrassé !

Édouard. — Je te dis… si le refus venait d’elle ?

Léopold. — Ce serait une occasion unique manquée ; mais je m’en consolerais pour éviter l’humiliation.

Édouard. — Il n’est que onze heures ; invente de ton côté, je vais imaginer du mien. Il est impossible qu’à nous deux nous ne trouvions pas…

Léopold. — Trois francs ?

Édouard. — Non ; il est au contraire probable que nous ne les trouverons pas. Je veux dire un moyen de te tirer d’embarras.

— Nous nous rejoindrons de temps en temps.

Minuit.

Édouard. — Eh bien !

Léopold. — Rien. Je ne sais que faire ; j’en deviendrai fou. Tu n’as rien trouvé ?

Édouard. — Non ; cherchons encore, nous avons plus d’une heure devant nous. Mais à ta place je donnerais mon habit au cocher.

Léopold. — Tout à l’heure tu me conseillais de lui donner mon chapeau. Tu n’as pas fait grands efforts d’imagination depuis ce moment-là.

Édouard. — C’est que j’ai réfléchi que ton chapeau n’est pas bien bon, et que le cocher n’en voudrait peut-être pas.

Léopold. — Tu m’ennuies. Je t’assure que ma position n’est pas amusante.

Une heure.

Édouard. — On va partir, mais tu es sauvé.

Léopold. — Comment le sais-tu ?

Édouard. — Comment je le sais, ingrat ! c’est moi qui te sauve.

Léopold. — Comment, est-ce que le maître de céans t’a demandé avis pour me prêter le louis que je lui ai demandé ?

Édouard. — Tu as un louis ?