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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/425

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mais je trouvai celui-ci sec jusqu’à la malveillance. J’en fis successivement ainsi huit ou dix sans en être plus contente, après quoi j’envoyai une femme de chambre lui dire que nous acceptions avec plaisir son offre obligeante.

« Ainsi qu’il fait presque toujours, il n’est pas venu au théâtre. Quand nous sommes rentrées, il y avait encore de la lumière chez lui. Je fis un peu de bruit à dessein, j’ouvris et je fermai ma fenêtre. Il ne se mit pas à la sienne, et bientôt sa lumière disparut. Seulement alors je me couchai, mais je fus bien long-temps sans m’endormir.

« Aujourd’hui nous est venu voir un homme qui a fait long-temps profession d’être amoureux de moi. C’est un homme bien fait, distingué, spirituel ; je me rappelle même parfaitement qu’il ne me déplaisait pas autrefois : eh bien ! aujourd’hui sa visite m’a été odieuse. Il a paru étonné de la froideur de ma réception ; j’ai essayé de le traiter un peu mieux, mais cela m’a été impossible ; enfin je le priai de me donner le bras jusqu’à une place de voitures ; — il me fallait absolument sortir, et une servante mettrait un temps infini à en aller chercher une.

« Une fois hors de la maison, je commençai à respirer. Je ne puis plus supporter un instant ce qui me distrait de lui. Arrivée à une place de fiacres, mon cavalier en appela un, et, après m’avoir donné la main pour monter, me demanda où je voulais qu’on me conduisît. Je n’y avais pas pensé. Je dis une adresse au hasard, chez une femme que je ne vois jamais. Comme il me saluait, ma mère, qui rentrait, me reconnut, et, s’approchant de la voiture, me demanda où j’allais. Elle fut étonnée de ma réponse, mais elle me dit qu’elle irait avec moi, parce qu’en même temps elle ferait une visite à une de ses amies qui demeure dans le même quartier. M. Cerny nous salua, et la voiture se mit en route. J’étais horriblement contrariée de la rencontre de ma mère ; je voulais être rentrée pour cinq heures, parce qu’à cette heure, d’ordinaire, il rentre pour s’habiller et fait quelques tours de jardin. Alors, quand je me trouve à ma fenêtre, nous échangeons un petit salut cérémonieux que je ne perdrais pour rien au monde.

« Quand nous avons été en route, j’ai avoué à ma mère que je n’étais sortie que pour me débarrasser de M. Cerny qui m’ennuyait. — C’est singulier, me dit-elle, tout le monde le trouve aimable, et toi-même je t’ai vue de cet avis.

« Je ne répondis pas.