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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/424

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« Il continuait à nous voir quelquefois, mais quoiqu’il se trouvât, presque chaque fois qu’il venait, seul avec moi, il ne paraissait pas chercher une occasion de s’expliquer.

« Voilà, ma chère, où nous en étions quand vous êtes venue passer quelques jours près de moi, puis quand vous m’avez emmenée à la campagne. Depuis mon retour, rien n’a changé ; même silence de sa part, au milieu de mille petites circonstances qui me paraissent suffisamment expressives : ses regards que je surprends souvent attachés sur ma fenêtre, et qu’il détourne brusquement aussitôt qu’il se croit aperçu, les innombrables petits services qu’il me rend, les livres qu’il me prête, qu’il prend soin de monter lui-même chez moi.

« Il est vrai que presque toujours il évite d’entrer. Est-ce à une excessive timidité que je dois attribuer les contradictions de sa conduite ? S’il m’aime, pourquoi ce silence obstiné ? S’il ne m’aime pas, pourquoi m’entoure-t-il ainsi de soins et de prévenances ? Je ne sais que penser ; mes jours se passent dans une horrible anxiété, car je l’aime, moi, et je frémis si à la honte d’aimer la première je joins la honte et la douleur d’aimer seule.

 « Adieu. »


Pourvu, pensa ici l’ame de feu Bressier, que je ne tombe pas encore sur un Paul Seeburg ! Je ne sais pourquoi, mais j’ai mauvaise opinion de ces amours-là.


XXXII.
Mme ernsberg à Mme d’acheville.

« Il m’a écrit hier matin un billet pour me demander si ma mère et moi serions curieuses d’assister à la première représentation d’un nouveau ballet.

« Croiriez-vous, ma chère amie, que j’ai mis plus de trois quarts d’heure à faire ma réponse ? J’avais d’abord dit qu’on fît attendre son domestique ; mais, voyant que je ne viendrais jamais à bout des deux lignes que j’avais à trouver, je fis dire que j’enverrais la réponse dans la matinée.

« En effet, les lettres et les mots s’arrangeaient si singulièrement sous ma plume, qu’en relisant ma première réponse il me sembla qu’à son offre de billets de spectacle, je répondais que j’aimais Fernand de toute mon ame. Je déchirai ce billet et j’en fis un autre,