Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/420

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Toute préoccupation cessa. Je le rencontrais sans que rien en moi s’en réjouît ; je passais long-temps sans le rencontrer, sans éprouver de chagrin.

« Un matin, ma mère reçut un billet. Fernand sollicitait d’elle la permission de lui demander quelques renseignemens sur une personne de sa connaissance, renseignemens qu’elle seule, disait-il, pouvait lui donner.

« Comment moi, qui n’ai jamais eu aucune coquetterie, pas même à ce degré qui est naturel aux femmes ; comment, pour le recevoir, ou plutôt pour le voir un moment, car il était probable que j’aurais à le laisser seul avec ma mère ; comment fis-je de ces frais que, de bonne foi, je ne me rappelle, en pareil cas, avoir faits pour personne ?

« J’aurais voulu être bien, avoir de l’esprit, et tout cela pour faire une belle révérence quand il entra, et me retirer. Il me demanda si je ne m’en allais qu’à cause de lui, et ajouta qu’il était heureux d’avoir à dire que ce qu’il avait à demander à ma mère n’avait rien de mystérieux. J’hésitai un moment ; mais ma mère me fit signe de rester.

« Ce qu’il demanda, en effet, n’exigeait pas de tête à tête, et, quand il fut parti, je me sentis tout heureuse de penser que ce n’était peut-être qu’un prétexte pour s’introduire à la maison.

« De ce jour, des rapports généraux s’établirent entre nous ; quand nous nous rencontrions, ou quand il me voyait à la fenêtre, nous échangions un salut. Il vint quelquefois à la maison, il prêtait des livres à ma mère et à moi, mais presque toujours il se contentait de les remettre à ma femme de chambre, sans demander à nous voir.

« Un jour, je parlai devant lui d’un livre qui venait de paraître et qu’on ne pouvait se procurer. Une heure après, il me l’envoya avec un billet dans lequel il me disait qu’ayant fait pour moi une chose impossible, il viendrait le lendemain chercher mes remerciemens.

« Son billet était aimable. Quand on me le remit, j’avais deux personnes avec moi ; je m’embarrassai de l’embarras qu’il me causait.

« Il ne s’agissait plus de ma mère ni d’un prétexte : c’était lui qui venait chez moi.

« Il me sembla que la manière dont j’avais paru désirer ce livre avait provoqué sa visite, et je m’effrayai tellement, que, le lendemain, sous prétexte que je ne l’attendais plus, je sortis d’assez bonne heure encore. Puis en rentrant, lorsqu’on me dit qu’il était venu, je me sentis saisie d’un dépit violent contre moi-même.

« Il y a dans sa personne une gravité et une naïveté que je n’ai