Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/418

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


auquel elle songeait devait être bien fier de son amour et l’aimer de son côté de toutes les forces de son ame. Hélas ! elle se trompait encore une fois ; elle eut besoin de passer quelque temps auprès de Mme Ernsberg pour s’en convaincre. Quelques lettres écrites par Mme Ernsberg à une de ses amies nous mettront à même, de notre côté, de savoir la vérité sur ce point.


XXXI.
Mme ernsberg à Mme d’acheville.

« Mon Dieu ! oui, ma chère amie, je veux bien vous dire mon secret, car il faut que j’en parle, il m’étouffe, et ce n’est qu’à vous que j’en puis parler.

« Vous ne vous êtes pas trompée sur ma préoccupation ; malgré le plaisir que vous ne doutez pas que j’éprouve auprès de vous, je n’ai pu me distraire d’une seule pensée pendant les quelques jours que vous avez passés chez moi et pendant ceux que vous m’avez emmenée passer à la campagne.

« J’aime ! je ne vous le nierai pas plus long-temps ; et si j’ai si mal répondu aux questions que vous me faisiez, c’est que c’est un aveu que l’on aime mieux faire de loin qu’en face. D’ailleurs, il y a dans le sentiment qui s’est emparé de moi des circonstances assez étranges pour qu’il me soit assez embarrassant de vous les conter, vous étant auprès de moi avec vos grands yeux noirs si interrogatifs et votre bouche si moqueuse,

« Voici l’histoire, mais sans embellissemens, quoique jamais peut-être histoire d’amour n’en eût autant besoin.

« La première fois que je l’ai rencontré, c’était dans la rue, sans savoir son nom, sans que rien dût me le faire remarquer, sans qu’il me remarquât surtout. Depuis, je le rencontrais de temps en temps, et, comme si je l’eusse connu, je me disais : Tiens, voilà ce monsieur !

« À peu près à cette époque, quelqu’un dut le présenter chez ma tante *** ; il ne vint pas. Je m’attendais à voir le visage d’un homme dont on m’avait beaucoup parlé, et dont la peinture a pour moi un charme particulier. J’étais on ne peut plus contrariée.

« Un soir, au théâtre, quelqu’un me dit : — Fernand est auprès de moi. — Je cherchai à le voir, mais il changea de place ; cela me fut impossible.