Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/41

Cette page a été validée par deux contributeurs.


ceux-là seulement leur paraissent amoureux qui leur récitent correctement l’amour qu’ils ont ressenti pour une autre.

Cornélie, qui voit Paul Seeburg embarrassé et timide, veut le mettre à son aise, et parle théâtre pour amener un sujet qui doit lui être familier, car Ernest a dit à elle et à ses parens : J’ai retrouvé Paul Seeburg ; il est contrebasse à l’Opéra.

Les parens avaient froncé le sourcil.

Cornélie donc parla des opéras nouveau. Mlle … est bien maigre, dit-elle.

— Mais non, dit Ernest.

Cornélie. — Je m’en rapporte à M. Seeburg.

Seeburg. — Je ne l’ai jamais vue.

Cornélie. — Quelle lâcheté ! Vous n’osez vous prononcer contre mon frère !

Ernest. — Quelle bassesse ! C’est pour ne pas contredire Lilie.

Seeburg prit alors le parti d’avouer que, depuis qu’il était à l’Opéra, il n’avait jamais vu qu’une chose, et encore par accident, à savoir les deux pieds du cheval gris qui avait cassé les quinquets.

Les parens respirèrent plus à l’aise en voyant que Seeburg n’était pas un habitué de coulisses.

Ernest trouva son ami moins heureux qu’il ne l’avait supposé.

Pour Cornélie, elle rit de si bon cœur, que des larmes brillaient dans ses yeux.

Paul se mit également à rire, et se trouva plus à son aise.

Cornélie. — Eh bien ! tant mieux ! Je croyais que vous étiez devenu un autre homme, et que nous avions à faire connaissance sur nouveaux frais. Je vois avec plaisir que vous n’êtes pas changé, et que vous êtes toujours le sauvage compagnon de notre enfance. Tant mieux ; je puis vous parler plus simplement, et surtout vous parler d’autrefois. Notre pêcher est magnifique.

Seeburg. — J’y ai pensé bien souvent, à notre pêcher. Je me rappelle encore le jour où nous avons planté le noyau. Comme il a plu ce soir-là, et comme nous avons été mouillés !

Cornélie. — Il a eu plus de cinquante pêches l’année dernière.

Ernest. — Tu viendras en manger cette année.

À ces paroles, qui le refaisaient de la famille, Seeburg eut envie de s’enfuir pour aller rêver à son aise dans un endroit où il ne fallût pas parler, pour aller se livrer à la joie délicieuse qui s’épanouissait dans son ame. Il avait envie de pleurer. Retourner à cette campagne,