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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/387

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par les travailleurs revenus fera-t-il grincer sa poulie rouillée depuis des siècles ? Jamais peut-être, car le mouvement ascensionnel du catholicisme s’est arrêté, et la sève qui faisait pousser de terre cette floraison de cathédrales ne monte plus du tronc aux rameaux. La foi, qui ne doute de rien, avait écrit les premières strophes de tous ces grands poèmes de pierre et de granit ; la raison, qui doute de tout, n’a pas osé les achever. Les architectes du moyen-âge sont des espèces de Titans religieux qui entassent Pelion sur Ossa, non pas pour détrôner le dieu tonnant, mais pour admirer de plus près la douce figure de la Vierge-Mère souriant à l’enfant Jésus. De notre temps, où tout est sacrifié à je ne sais quel bien-être grossier et stupide, l’on ne comprend plus ces sublimes élancemens de l’ame vers l’infini, traduits en aiguilles, en flèches, en clochetons, en ogives, tendant au ciel leurs bras de pierre et se joignant, par dessus la tête du peuple prosterné, comme de gigantesques mains qui supplient. Tous ces trésors enfouis sans rien rapporter font hausser de pitié les épaules aux économistes. Le peuple aussi commence à calculer combien vaut l’or du ciboire ; lui qui naguère n’osait lever les yeux sur le blanc soleil de l’hostie, il se dit que des morceaux de cristal remplaceront parfaitement les diamans et les pierreries de l’ostensoir ; l’église n’est plus guère fréquentée que par les voyageurs, les mendians, et d’horribles vieilles, d’atroces dueñas vêtues de noir, aux regards de chouette, au sourire de tête de mort, aux mains d’araignée, qui ne se meuvent qu’avec un cliquetis d’os rouillés, de médailles et de chapelets, et, sous prétexte de demander l’aumône, vous murmurent je ne sais quelles effroyables propositions de cheveux noirs, de teints vermeils, de regards brûlans et de sourires toujours en fleur. — L’Espagne elle-même n’est plus catholique !

La Giralda, qui sert de campanile à la cathédrale et domine tous les clochers de la ville, est une ancienne tour moresque élevée par un architecte arabe nommé Geber ou Guever, inventeur de l’algèbre, à laquelle il a donné son nom. L’effet en est charmant et d’une grande originalité ; la couleur rose de la brique, la blancheur de la pierre dont elle est bâtie, lui donnent un air de gaieté et de jeunesse en contraste avec la date de sa construction qui remonte à l’an 1000, un âge fort respectable auquel une tour peut bien se permettre quelque ride et se passer d’avoir le teint frais. La Giralda, telle qu’elle est aujourd’hui, n’a pas moins de trois cent cinquante pieds de haut et cinquante de large sur chaque face ; les murailles sont lisses jusqu’à une certaine élévation, où commencent des étages de fenêtres mo-