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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/379

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peuples du Nord sont éteints et vides à côté de ceux-là ; le soleil n’y a jamais laissé son reflet.

Des dents dont les canines sont très pointues et qui ressemblent pour l’éclat à celles des jeunes chiens de Terre-Neuve, donnent au sourire des femmes de Séville quelque chose d’arabe et de sauvage d’une originalité extrême. Le front est haut, bombé, poli ; le nez, mince, tendant un peu à l’aquilin ; la bouche, très colorée. Malheureusement le menton termine quelquefois par une courbe trop brusque un ovale divinement commencé. Des épaules et des bras un peu maigres sont les seules imperfections que l’artiste le plus difficile pourrait trouver aux Sévillanes. La finesse des attaches, la petitesse des mains et des pieds, ne laissent rien à désirer. Sans aucune exagération poétique, on trouverait aisément à Séville des pieds de femmes à tenir dans la main d’un enfant. Les Andalouses sont très fières de cette qualité, et se chaussent en conséquence : de leurs souliers aux brodequins chinois la distance n’est pas grande.

Con primor se calza et pié
Digno de regio tapiz,

est un éloge aussi fréquent dans les romances que le teint de roses et de lis dans les nôtres.

Ces souliers, ordinairement de satin, couvrent à peine les doigts, et semblent n’avoir pas de quartier, étant garnis au talon d’un petit morceau de ruban de la couleur du bas. Chez nous, une petite fille de sept ou huit ans ne pourrait pas mettre le soulier d’une Andalouse de vingt ans. Aussi ne tarissent-elles pas en plaisanteries sur les pieds et les chaussures des femmes du Nord - Avec les souliers de bal d’une Allemande, on a fait une barque à six rameurs pour se promener sur le Guadalquivir. Les étriers de bois des picadores pourraient servir de pantoufles aux ladies, — et mille autres andaluzades de ce genre. J’ai défendu de mon mieux les pieds des Parisiennes, mais je n’ai trouvé que des incrédules. Malheureusement les Sévillanes ne sont restées Espagnoles que de pied et de tête, par le soulier et la mantille ; les robes de couleur à la française commencent à être en majorité. Les hommes sont habillés comme des gravures de mode. Quelquefois cependant ils portent de petites vestes blanches de basin avec le pantalon pareil, la ceinture rouge et le chapeau andalou, mais cela est rare, et ce costume est d’ailleurs assez peu pittoresque.

C’est à l’Alameda del Duque, où l’on va prendre l’air pendant les