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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/377

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gnîmes Alcala de los Panaderos, célèbre par la bonté de son pain, ainsi que l’indique son nom, et ses courses de novillos (jeunes taureaux), où se rendent les aficionados de Séville pendant les vacances de la place. Alcala de los Panaderos est très bien située au fond d’une petite vallée où serpente une rivière ; elle a pour abri un coteau où s’élèvent encore les ruines d’un ancien palais moresque. Nous approchions de Séville. En effet, la Giralda ne tarda pas à montrer à l’horizon d’abord sa lanterne à jour, ensuite sa tour carrée ; quelques heures après, nous passions sous la porte de Carmona, dont l’arc encadrait un fond de lumière poudroyante où se croisaient dans des flots de vapeur dorée, des galères, des ânes, des mules et des chariots à bœuf, les uns allant, les autres venant. — Un superbe aqueduc d’une physionomie romaine élevait à gauche de la route ses arcades de pierre ; de l’autre côté s’alignaient des maisons de plus en plus rapprochées : nous étions à Séville.

Il existe sur Séville un proverbe espagnol très souvent cité :

Quien no ha visto a Sevilla
No ha visto a maravilla.

Nous avouons en toute humilité que ce proverbe nous paraîtrait plus juste, appliqué à Tolède, à Grenade, qu’à Séville, où nous ne trouvons rien de particulièrement merveilleux, si ce n’est la cathédrale.

Séville est située sur le bord du Guadalquivir, dans une large plaine, et c’est de là que lui vient son nom d’Hispalis, qui veut dire terre plate en carthaginois, s’il faut en croire Arias 1iontano et Samuel Bochart. C’est une ville vaste, diffuse, toute moderne, gaie, riante, animée, et qui doit en effet sembler charmante à des Espagnols. On ne saurait trouver un contraste plus parfait avec Cordoue. — Cordoue est une ville morte, un ossuaire de maisons, une catacombe à ciel ouvert sur qui l’abandon tamise sa poussière blanchâtre ; les rares habitans qui se montrent au détour des ruelles ont l’air d’apparitions qui se sont trompées d’heure. Séville au contraire a toute la pétulance et le bourdonnement de la vie ; une folle rumeur plane sur elle à tout instant du jour ; à peine prend-elle le temps de faire sa sieste. Hier l’occupe peu, demain encore moins ; elle est toute au présent ; le souvenir et l’espérance sont le bonheur des peuples malheureux, et Séville est heureuse : elle jouit, tandis que sa sœur Cordoue, dans le silence et la solitude, semble rêver gravement d’Abderrhaman, du grand capitaine et de toutes ses splendeurs évanouies, phares