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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/369

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ont eu déjà l’occasion d’admirer à Grenade ou à Séville les merveilles de l’architecture arabe.

Malgré ses airs moresques, Cordoue est pourtant bonne chrétienne et placée sous la protection spéciale de l’archange Raphaël. Du balcon de notre parados, nous voyions s’élever un monument assez bizarre en l’honneur de ce patron céleste ; nous eûmes envie d’aller l’examiner de plus près. L’archange Raphaël, du haut de sa colonne, l’épée à la main, les ailes déployées, scintillant de dorure, semble une sentinelle veillant éternellement sur la ville confiée à sa garde. La colonne est de granit gris avec un chapiteau corinthien de bronze doré, et repose sur une petite tour ou lanterne de granit rose, dont le soubassement est formé par des rocailles où sont groupés un cheval, un palmier, un lion et un monstre marin des plus fantastiques ; quatre statues allégoriques complètent cette décoration. Dans le socle se trouve enchâssé le cercueil de l’évêque Pasqual, personnage célèbre par sa piété et sa dévotion au saint archange.

Sur un cartouche se lit l’inscription suivante :

Yo te juro for Jesu-Cristo cruzyficado que soi Rafaël angel, a quien dios tiene puesto por guarda de esta ciudad.

Mais, nous direz-vous, comment a-t-on su que l’archange Raphaël était précisément le patron de la vieille ville d’Abdérame, lui et pas un autre ? Nous vous répondrons au moyen d’une romance ou complainte imprimée avec permission, à Cordoue, chez don Rafaël Garcia Rodriguez, rue de la Librairie ; ce précieux document porte en tête une vignette sur bois représentant l’archange les ailes ouvertes, l’auréole autour de la tête, son bâton de voyage et son poisson à la main, majestueusement campé entre deux glorieux pots de jacinthes et de pivoines, le tout accompagné d’une inscription ainsi conçue : Véridique relation et curieuse légende du seigneur saint Rafaël, archange, avocat de la peste et gardien de la cité de Cordoue.

L’on y raconte comme quoi le bienheureux archange apparut à don Andrés Roëlas, gentilhomme et prêtre de Cordoue, et lui tint dans sa chambre un discours dont la première phrase est précisément celle que l’on a gravée sur la colonne. Ce discours, que les légendaires ont conservé, dura plus d’une heure et demie, le prêtre et l’archange étant assis face à face, chacun sur une chaise. Cette apparition eut lieu le 7 mai de l’an du Christ 1578, et c’est pour en conserver le souvenir qu’on a élevé ce monument.

Une esplanade entourée de grilles s’étend autour de cette con-