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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/356

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REVUE DES DEUX MONDES.

taires de forêts, ne se ligueront pas à beaucoup d’industriels pour la repousser ? Nous connaissons assez la nature humaine pour en être certains. La question est de savoir si cette formidable opposition pourra être vaincue. Il ne faut pas se faire d’illusions. La victoire, si elle est possible, sera des plus difficiles ; elle ne serait possible qu’autant que la gauche et le centre gauche, obéissant aux inspirations du sentiment national, oublieraient un instant leur rôle d’opposition.

Le ministère du 29 octobre pourra-t-il obtenir cet acte de dévouement à la chose publique ? il est permis d’en douter. Le vote dans la question de la régence est un précédent qui décourage. Et cependant quelle différence ! La question de la régence était simple, elle était urgente, et il était généralement convenu qu’elle ne préjugeait en rien la question ministérielle. Malgré cela, la gauche a repoussé le projet. L’animosité politique l’a emporté sur son propre intérêt bien entendu. Pour arriver à l’union commerciale, au contraire, il faut présenter aux chambres un projet de loi vaste, compliqué, plein de difficultés et de détails, un projet qui, quoi qu’on fasse, offrira de toutes parts prise à la critique, à une critique sensée, raisonnable, spécieuse du moins. Et si on considère comment la plupart de nos traités sont rédigés, avec quelle légèreté on manie les affaires les plus graves, on a quelque droit de craindre la discussion du projet dont il s’agit. Que de points difficiles, délicats à prévoir et à régler ! des points qui ne touchent pas seulement aux intérêts financiers, mais aux intérêts et aux droits politiques des deux pays ; car, certes, le ministère n’imagine pas de confier, sans un contrôle efficace et une action immédiate, tout notre système de douanes aux préposés belges. Si la Belgique n’accepte pas à ce sujet et au sujet de nos monopoles des clauses explicites et suffisantes, le traité est impossible. C’est assez dire que le traité sera fort étendu et très varié dans ses dispositions. Dès-lors l’opposition pourra se mettre à son aise, ne pas blesser le sentiment national, ne pas démentir ses doctrines en se montrant favorable à l’adoption du projet ; mais, en même temps, les critiques de détail abonderont, et, encore une fois, ces critiques seront pour le moins spécieuses. La gauche, tout en acceptant le principe, pourra en repousser les applications.

Au milieu de ces difficultés, il est facile de concevoir les hésitations et les perplexités du ministère. Quant à nous, quels que soient les hommes qui le présentent, nous accepterons le projet, s’il renferme effectivement toutes les conditions essentielles aux intérêts de notre trésor et à notre dignité nationale.



V. de Mars.