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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/347

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Quant à ce qui concerne l’émigration, lord Ashburton dispose en ce peu de mots des raisonnemens de M. Webster : « Nous pouvons, dit-il, laisser de côté cette partie du sujet sans nous livrer à des spéculations abstraites qui n’ont pas d’application immédiate aux matières qui nous occupent. » Et quant aux inconvéniens du droit de visite, il se borne à répondre : « Il est difficile, dans de pareilles circonstances, d’exécuter des lois considérées comme vitales pour la sécurité du pays, sans risquer de faire tort aux autres. L’étendue et l’importance de ces inconvéniens sont cependant si formidables, que j’admets qu’il est nécessaire d’y apporter remède, si cela est possible ; dans tous les cas, il faut que cela soit honnêtement et franchement tenté…. J’ai lieu d’espérer qu’un arrangement satisfaisant pourra être conclu à ce sujet. »

Nous ne savons sur quoi lord Ashburton petit fonder ces espérances toutes nouvelles. La question du droit des neutres n’a jamais pu être résolue entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, et il nous paraît difficile qu’elle le soit sans que l’Angleterre renonce au principe qu’elle ne semble pas disposée aujourd’hui à abandonner. Parlant des efforts qui avaient été faits pour arriver à un arrangement, M. Webster disait : « Ils ont tous échoué, et la question est aujourd’hui ce qu’elle était il y a cinquante ans. » Ajoutons que la correspondance échangée entre le gouvernement des États-Unis et le plénipotentiaire britannique n’est pas de nature à préparer les voies.

Il faut que cette prétention soit considérée par l’Angleterre comme une chose vitale, car elle renferme pour elle le germe de grands dangers. Tandis que tous ses efforts devraient tendre à isoler l’Amérique des intérêts politiques de l’Europe continentale, c’est précisément elle-même qui force les États-Unis à intervenir dans des conflits auxquels ils seraient peut-être restés étrangers. En effet, pour que la question du droit des neutres soit soulevée, il n’est pas nécessaire qu’il y ait une guerre entre les États-Unis et l’Angleterre, mais il suffit qu’il y en ait une entre l’Angleterre et une puissance européenne ; en s’arrogeant le droit de visiter les navires neutres, la Grande-Bretagne traîne pour ainsi dire les États-Unis malgré eux sur le théâtre de la lutte, et elle s’expose à les avoir pour ennemis, parce qu’elle n’aura pas voulu les respecter comme neutres.

On voit donc que le traité de Washington n’a pas tout réglé. Il a mis fin au différend des frontières, et par là il a paru sans aucun doute opérer un grand progrès vers le rétablissement des relations amicales entre les deux pays ; mais il a laissé, intactes des questions pour le moins aussi graves, et que la discussion ne fait qu’envenimer au lien de les éclaircir. Nous terminerons en exprimant de nouveau notre conviction, que, bien que la conclusion du traité du 9 août 1842 paraisse au premier abord un gage de paix, cependant l’esprit qui a présidé aux négociations échangées entre les deux gouvernemens, et le tarif restrictif dont les États-Unis ont fait suivre immédiatement la signature du traité, sont plutôt de nature à affaiblir qu’à ranimer les sentimens de bonne harmonie entre l’Angleterre et l’Amérique.


JOHN LEMOINNE.