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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/345

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perpétuelle n’est point la loi du monde, et ne fait point partie du code conventionnel des nations ; que la couronne pourrait tout aussi bien prétendre à un droit de prérogative sur la propriété de ses sujets que sur leurs services personnels, et que cependant aucun gouvernement n’a jamais eu l’idée d’intervenir sur le territoire d’un état étranger pour y disposer des propriétés de ses sujets.

La question générale se complique encore de quelques questions particulières à la Grande-Bretagne et aux États-Unis. Ainsi, l’Angleterre fléchit sous le poids d’une population surabondante et dénuée de tout moyen d’existence ; l’émigration est pour elle un bienfait. C’est le Nouveau-Monde, ce sont principalement les États-Unis, qui servent de débouché à cet excès de population, et d’issue à cette pléthore de l’Angleterre. La misère chasse ces émigrans de leur métropole encombrée, et les force à s’expatrier par nasses. On a calculé que, dans les quatre mois finissant au mois de juin dernier, vingt-six mille émigrans étaient partis du seul port de Liverpool pour les États-Unis. « Beaucoup d’entre eux, dit N. Webster, arrivent dans nos villes réduits à un état de dénuement complet ; la charité publique et privée de ce pays est lourdement taxée pour les secourir. Avec le temps ils se mêlent à la nouvelle communauté au milieu de laquelle ils se trouvent ; ils trouvent de l’emploi, les uns dans les villes, les autres dans le défrichement des forêts de la frontière, et d’autres, devenant avec le temps citoyens naturalisés, entrent au service de la marine marchande, sous le drapeau de leur patrie adoptive.

« Si donc, milord, la guerre éclate entre l’Angleterre et un pays européen, est-il rien de plus injuste, de plus inconciliable avec les sentimens généraux de l’humanité, que cette prétention de l’Angleterre de rechercher ces individus qu’elle a encouragés et que la misère a forcés à quitter leur sol natal, de les arracher à leurs nouvelles occupations, à leurs nouvelles relations, et de les forcer à subir tous les dangers du service militaire pour un pays qui a cessé d’être le leur. Certainement, certainement, milord, il ne peut y avoir qu’une réponse à cette question. »

M. Webster continue sur ce ton, et dans le langage le plus clair et le plus énergique. « Il faut, dit-il, qu’une question aussi grave soit définitivement résolue (must be put at rest). »

Une autre complication qui rend cette matière beaucoup plus difficile à régler entre l’Angleterre et les États-Unis qu’entre d’autres nations, c’est que, les deux peuples étant d’origine commune et ayant une ressemblance à peu près identique de physionomie et de langage, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer la nationalité respective des matelots anglais et des matelots américains. Cette difficulté, naturellement tranchée d’une manière arbitraire par les officiers anglais, a toujours donné lieu à des abus intolérables. M. Webster rappelle qu’en 1797 le ministre américain à Londres avait, en moins de huit mois, eu à réclamer l’élargissement de deux cent soixante-onze marins, forcés de servir sur des vaisseaux anglais, et qui se prétendaient Américains. De ce nombre, quatre-vingt-six avaient été mis en