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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/340

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dieuses » leur coûterait trop cher, il faut que les états voisins, amis et neutres, supportent patiemment les conséquences des susceptibilités républicaines, des goûts économiques, et de l’heureuse position géographique de ce peuple intéressant. On a peine à croire que cet argument soit sérieux. Le droit qui est reconnu à tout état indépendant de faire respecter seul sur son propre territoire les lois internationales doit être considéré comme une fonction ; un état ne possède légitimement ce droit qu’autant qu’il l’exerce, et quand, par des raisons économiques ou autres, il se met hors d’état de le faire respecter, il fait un acte virtuel d’abdication. Pour les nations comme pour les individus, là où finit l’action des lois commence le droit de légitime défense.

La cause du gouvernement anglais était ici, nous le pensons, celle de tous les gouvernemens réguliers et civilisés, et nous regrettons pour tout le monde que lord Ashburton ne l’ait pas mieux défendue quant au fond. Pour la forme, cela regarde l’Angleterre ; si elle se tient pour satisfaite, c’est qu’elle est de meilleure composition qu’elle ne prétend l’être d’ordinaire. « Je crois pouvoir affirmer, dit lord Ashburton (28 juillet), que l’opinion de tous les hommes candides et honorables est que les officiers anglais qui ont exécuté cet acte, et leur gouvernement qui l’a approuvé, ne voulaient en rien manquer de respect à la souveraineté des États-Unis. Je puis ici l’affirmer très solennellement… Il faut considérer surtout les intentions. Or, peut-il être supposé pour un moment que la Grande-Bretagne voulût intentionnellement et gratuitement provoquer un grand et puissant voisin ? »

Du reste, nous laisserons M. Webster lui-même tirer les conclusions de la note de lord Ashburton. Le ministre américain répond en ces termes (6 août) :

« Considérant que l’affaire n’est pas récente et a pris place sous un gouvernement précédent ; considérant que votre seigneurie, au nom de son gouvernement, déclare solennellement qu’il n’y a eu dans cet acte aucune intention de porter atteinte ou de manquer de respect à la souveraine autorité des États-Unis ; considérant qu’il est reconnu qu’il y a eu, justifiable ou non, une violation du territoire des États-Unis, et que vous avez déclaré que votre gouvernement considère cela comme un cas très sérieux ; considérant, finalement, qu’il est admis maintenant qu’une explication et une excuse étaient dues à cette époque pour cette violation : le président consent à tenir compte de ces admissions et à recevoir les assurances dans le même esprit de conciliation qui distingue la lettre de votre seigneurie, et il cessera à l’avenir de faire de cette affaire, en ce qui touche la violation de territoire, un sujet de discussion entre les deux gouvernemens. »

De l’affaire de la Caroline, M. Webster passe à celle de la Créole. Un homme d’une haute autorité sur ces matières a déjà traité dans la Revue des Deux Mondes le côté légal de cette affaire [1], et n’a pas hésité à reconnaître

  1. M. Rossi. — Voyez l’article sur l’Extradition publié dans le n° du 1er août dernier.