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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/34

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— Heu ! heu ! nous en avons bien un, mais je ne sais si M. Morsy voudrait le diviser. Nous lui en parlerons.

On eut beaucoup de peine à obtenir de M. Morsy qu’il partageât son jardin. Cependant Mme Morsy fit valoir l’avantage de sous-louer à une personne sûre et tranquille un logement qu’ils avaient loué par un long bail avec le leur, et qui leur devenait inutile depuis la mort de l’oncle ; enfin, on finit par s’arranger, et les deux familles s’installèrent au mois de novembre dans la même maison, à la grande joie des enfans.

Ernest et Paul furent mis dans la même pension. Paul avait alors onze ans, il était l’aîné des trois enfans. Presque tous les dimanches il passait la journée chez M. Morsy. L’été arriva, M. Morsy dit à Mme Seeburg : Il faudra que vous nous donniez Paul pour une partie de la belle saison. Mme Seeburg promit un mois. Paul n’osa pas demander davantage, tant il redoutait sa mère. Cet été-là, Ernest fut emmené par une de ses parentes qui ne devait le garder que quelques jours et qui le retint si long-temps, que, lorsque Paul arriva à la campagne, Ernest n’était pas encore revenu. Il passa son mois avec Cornélie, tous deux s’occupant de leurs jardins, faisant deux lieues dans les bois pour aller chercher un pied de muguet et l’y planter. Paul donnait à Cornélie ses plus belles fraises et ses plus belles fleurs, et éloignait d’elle les abeilles, dont elle avait grand’peur.

Au retour, un grand chagrin attendait les enfans ; Mme Seeburg, veuve et peu fortunée, avait obtenu pour Paul une bourse dans un collège situé dans une ville éloignée ; il y fut envoyé à la fin des vacances. Paul, Ernest et Cornélie s’embrassèrent en pleurant ; ils se promirent de s’écrire, et le pauvre Paul monta en voiture, consolé seulement par l’espoir de venir chaque année aux vacances, et d’en passer une partie chez M. Morsy.

Voici une lettre que Paul reçut au bout de quelques mois de séjour :


ernest à paul

.

 « Mon cher Paul,

« Nous sommes à la campagne depuis quinze jours. Pourquoi n’étais-tu pas avec moi hier ? j’ai fait une superbe excursion. Tu sais, ce vieux voisin si avare, dont on voyait les cerisiers par-dessus le mur, et sur le toit duquel tu as volé des iris pour le jardin de Lilie ? eh bien ! j’ai