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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/320

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pour l’orgueil et l’ambition, car le même homme rat dans le même lieu et presque dans le même temps digne d’envie et de pitié. »

Certes, voilà l’histoire dans ce qu’elle a de plus philosophique et de plus dramatique à la fois. Melo est intraduisible comme àiendoz4, et notre version ne rend qu’à demi les qualités qui distinguent cette admirable narration. Nous espérons cependant qu’il en sera resté assez pour donner envie de connaître l’original : c’est tout ce que nous prétendons. Après ce portrait de l’émeute, nous allons montrer en quels termes Melo parle de la liberté, et nous aurons ainsi achevé de le faire connaître par aperçu. L’extrait qui va suivre est emprunté à un discours que Melo met dans la bouche d’un chef des révoltés, le chanoine Claris, car Melo fait aussi des discours à la manière antique. Voici comment s’exprime Claris, ou plutôt Melo, sur l’état de l’Espagne sous Philippe IV

« N’est-il pas vrai, dites-moi, que l’Espagne entière est lasse du joug ? Pourrions-nous douter que l’irritation ne soit égale dans toutes les provinces ? Il en faut une qui commence à se plaindre, une qui brise la première les liens de l’esclavage ; les autres suivront. Oh ! ne laissez pas échapper la gloire de donner le signal ! La Biscaye et le Portugal vous regardent, et si leurs peuples se taisent, ce n’est pas qu’ils soient satisfaits, c’est qu’ils attendent ; leur délivrance est à la charge de votre énergie. Aragon, Valence et Navarre dissimulent, il est vrai, leurs cris, mais non leurs soupirs. Ils pleurent silencieusement sur leur ruine ; n’en doutons pas, plus ils semblent abattus, plus ils sont prés du désespoir. La Castille elle-même, superbe et misérable à la fois, n’achète un mince triomphe qu’au prix d’une longue oppression. Demandez à ses habitans s’ils n’envient pas votre attachement à votre liberté. Et si tous les royaumes d’Espagne vous promettent leurs applaudissemens et leur appui, je ne vois pas qu’il vous soit plus difficile d’avoir d’autres auxiliaires. Doutez-vous du secours de la France ? N’est-il pas inévitable ? Dites, de quel côté craindriez-vous des ennemis ? Les Anglais, les Vénitiens, les Génois, ne cherchent en Castille que leur intérêt ; si l’or et l’argent qu’ils en tirent prennent un autre chemin, ce jour-là changeront leurs amitiés et leurs alliances. Les sages Hollandais ne pourront s’étonner (le vous voir suivre Durs traces, eux qui ont si glorieusement conquis leur liberté…

« Voyez notre province enclavée entre l’Espagne et la France. Ne soyez pas ingrats envers la nature, qui vous a donné la mer en face