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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/289

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le bien y est un exemple, le mal un enseignement : c’est une perpétuelle leçon de politique et de morale. Ici, dans ce tableau des états de 1593, il y a encore un intérêt plus particulier et en quelque sorte actuel ; le rôle, en effet, de plus en plus considérable que les assemblées délibérantes sont appelées à jouer dans les sociétés modernes semble prêter un attrait nouveau à tout ce qui jette quelque jour sur les origines du gouvernement parlementaire. Le spectacle de ces tristes et impuissans débats a sa moralité pratique et immédiatement applicable : si les conséquences qui en résultent conduisent quelque peu au pessimisme à l’égard du passé, elles ont au moins l’avantage d’autoriser quelque optimisme dans le présent. Les publicistes actuels qui veulent à toute force voir dans les anciens états généraux, dans ces convocations irrégulières et tumultueuses, les antécédens de la liberté de discussion et les vraies formes du gouvernement de la France, sont précisément les mêmes qui se plaignent avec amertume de la décadence des mœurs politiques, du peu d’intelligence de ceux qui élisent, du peu de dignité de ceux qui sont élus. Cette admiration absolue du passé et ce dédain injurieux du présent font un singulier contraste, et l’histoire heureusement est là pour démentir ces folles imaginations de l’esprit de parti. Je n’entends que plaintes et lamentations sur le triste avenir que nous réservent la corruption des hommes et la faiblesse des assemblées. A ne considérer cependant que ce qui est derrière nous, a ne voir en particulier que les états de 1593, ne sommes-nous pas en progrès, ne valons-nous pas mieux que nos pères ? Si ce sont là les premiers essais du gouvernement représentatif, n’avons-nous point marché dans des voies meilleures ? Aujourd’hui les individus et les corps publics ne donneraient plus de semblables scandales, ne descendraient plus à de pareilles hontes. Où trouverait-on, je le demande, une chambre qui se laisserait publiquement payer par un prince étranger ? Où trouverait-on un membre de la représentation nationale qui irait réclamer la solde de sa pension dans les antichambres des ambassades ? S’il y a encore des marchés qui se consomment dans l’ombre, si les accessions intéressées, si les séductions individuelles sont encore possibles, au moins ce n’est plus par l’étranger, c’est avec des réserves et des déguisemens qui sont, après tout, un hommage à la morale. Oui, ce spectacle du passé console et permet d’espérer dans l’avenir de ces institutions si laborieusement conquises. La foi, dit-on, manque à la politique de notre temps : étudions le passé ; la foi renaîtra de l’histoire.


CHARLES LABITTE.