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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/27

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une sorte de tristesse voluptueuse, de désir sans but, d’inquiétude sans sujet, d’envie de pleurer sans chagrin, d’aspiration à quelque chose d’inconnu ; ce désir, cette tristesse, ne s’appliquent à rien de ce qu’on connaît.

C’est tout simplement un élan de l’ame pour se mêler à la vie universelle, au feu créateur qui, à cette époque, est plus ardent que de coutume ; c’est alors que les parcelles de ce feu qui le rencontrent s’attirent par une sympathie mystérieuse et se voudraient mêler et confondre ensemble.

S’il arrive surtout que deux âmes, que deux grains de cette impalpable poussière de feu qui dans l’océan de feu et de vie se trouvaient voisines avant d’être divisées et envoyées ici-bas, si deux étincelles viennent à se rencontrer, c’est alors un ravissement qu’il est impossible de peindre, des sensations pour lesquelles il n’y a ni phrases ni mots. Ces deux moitiés veulent se joindre, se réunir, se confondre, devenir une.

Si un lecteur trouve ceci extravagant, je le prie de m’exprimer mieux ou autrement ce sentiment de sympathie subite qui fait qu’à l’aspect d’une femme qu’on rencontre pour la première fois, on entend une voix intérieure nous dire : Je suis à elle, elle est à moi ; pourquoi il semble qu’on la reconnaît et on a envie de lui dire : Ah ! c’est toi, te voilà donc ! et toi, me reconnais-tu aussi ? Si ledit lecteur ne réussit pas, je le prie de retirer son expression peu convenable pour mon explication.


VII.


Sur cent hommes qui marchent dans la rue, vous pouvez gager hardiment que quatre-vingt-dix cherchent de l’argent et que quatre-vingts n’en trouveront pas.

Ce n’était cependant pas la situation d’un jeune homme qui tournait depuis quelques instans autour de la chaumière sur le toit de laquelle l’ame de feu Bressier était mollement couchée dans une fleur d’iris, petit lit de velours et de satin violet. Ce n’était autre que ce M. Seeburg qui s’était trouvé par hasard sur le chemin de Mlle Morsy. Après une assez longue hésitation, il frappa à la porte, mais si doucement qu’on ne l’entendit probablement pas. Il laissa passer quelques instans, puis recommença à frapper plus fort. Une voix qui partait de l’intérieur, répondit en demandant brusquement :