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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/262

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— Ah ! monsieur, dit Arolise, c’est une horrible trahison, une épouvantable lâcheté !

— Voilà vos amis, allons au-devant d’eux ; nous ne pouvons attendre plus long-temps. Vous m’aimez : que vous importe que mon nom commence par une lettre ou par une autre ? D’ailleurs, comment reculer maintenant ? Pensez à l’effet que produirait un changement de détermination devant tout ce monde.

Arolise est toujours pâle, mais il y a dans ses yeux de la fièvre et de l’assurance. — Eh bien ! monsieur, dit-elle, allons au-devant d’eux.

Ils sortent du kiosque ; Louis les attend à la porte. Il est aussi pâle qu’Arolise, car du Bois lui fait signe que cela va bien. À ce moment, Mélanie et une douzaine de personnes conduites par un domestique débouchent d’une allée sombre. Arolise a quitté brusquement le bras de du Bois. Elle fait quelques pas au-devant des nouveaux venus et leur dit : — Permettez-moi d’abord de vous présenter un homme qui sera bientôt votre parent et, j’espère, votre ami, mon futur mari, M. Louis de Wierstein. — Elle se retourne, saisit la main de Louis, qui reste comme frappé de la foudre, et le présente aux arrivans.

J’ai dit que Louis était comme frappé de la foudre, il ne me reste pas de comparaison pour du Bois ; mais, si je ne sais de quoi le dire frappé, je puis dire qu’il était néanmoins fort accablé.

On s’empresse autour d’Arolise ; car, épuisée d’émotions, elle tombe sans connaissance dans les bras de Mélanie. Elle ne tarde pas à reprendre ses sens ; les uns attribuent l’accident à la chaleur ; Mélanie s’empresse de dire que sa tante n’a pas encore mangé de la journée : alors on ne s’étonne plus. Du Bois disparaît, et va attendre Wierstein dans un endroit où il le fait demander par un domestique. Il est furieux, il se croit joué par Louis. Louis lui affirme sur l’honneur son extrême innocence.

— Si tu ne m’as joué, dit du Bois, c’est que nous sommes joués tous les deux.

— Tais-toi, dit Wierstein, tais-toi, ne me réveille pas ; je suis le plus heureux des hommes.

— Pauvre garçon ! dit du Bois.

— Tu épouseras Mélanie.

— Moi ? jamais ! Je ne veux pas revoir Arolise, je vais voyager.

— Je te prête 20,000 francs pour ton voyage.

Pendant ce temps, Arolise, un instant seule avec Mélanie, lui disait :

— Ah ! ma chère enfant, tu m’as sauvée ; car je serais morte de honte et de désespoir si j’étais tombée dans cet horrible piège.