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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/258

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— Attendez au moins que j’aille vous chercher un bouquet dans le jardin derrière la maison.

Mélanie, sur le seuil de la maison, jette les yeux du côté de la rivière, et voit aborder Louis dans son bateau ; elle se retire un peu en arrière. Mais quel est son étonnement, lorsque, sur un signe de Louis, le laquais qui attend Mélanie auprès de la voiture, court vers le pêcheur, et, droit, le chapeau à la main, a l’air de recevoir ses ordres ! Puis il revient et dit à demi-voix au cocher : M. de Wierstein voulait savoir ce que nous faisions là.

— M. de Wierstein ! dit-elle. Elle saisit rapidement sa lettre laissée sur le dressoir et la cache dans son sein. Quelques instans après, Louis entre dans la maison avec la mère de l’enfant : il salue Mélanie, lui parle de sa tante avec regret. Mélanie écoute à peine, elle est préoccupée, troublée ; elle cherche à deviner le mystère dont le hasard lui a appris la moitié. Elle répond machinalement : Pauvre monsieur Louis !

— Oh ! oui, dit Louis, elle m’a rendu bien malheureux !

Comme il l’aime encore ! pensa Mélanie ; quel bonheur que j’aie repris ma lettre ! Mais que se passe-t-il dans l’île ? et qu’est-ce que tout cela veut dire ?

— Ah ! mademoiselle, dit la bonne femme, vous pouvez donner maintenant à M. Louis la lettre que vous m’aviez laissée pour lui.

Mélanie voit sur le visage du pêcheur plus d’étonnement que de joie. Elle serre sa lettre contre son sein pour s’assurer qu’elle est là.

— Mais où est donc la lettre ? Je l’avais mise sur le buffet.

— Cela ne fait rien, ma bonne ; il n’y avait dans la lettre qu’un mot que je vais récrire, si vous voulez avoir l’obligeance de me donner du papier et une plume.

Mélanie écrit quelques mots à la hâte et d’un mouvement presque convulsif. Une idée subite lui a passé par la tête. Elle cachette sa lettre avec soin. La bonne femme n’a pas de cire ; mais Mélanie cause de choses indifférentes jusqu’à ce que le pain à cacheter soit bien sec, puis elle dit :

— Monsieur Louis, voici la lettre que j’avais laissée pour vous, et que, ne pensant pas vous rencontrer, j’avais remise ici pour qu’on vous priât, de ma part, de la porter le plus tôt possible à ma tante, Mme de Liriau, qui est en ce moment dans l’île avec M. de Wierstein.

En prononçant ce dernier mot, Mélanie, qui regarde attentivement la physionomie du pêcheur, y voit passer un imperceptible sourire. — Elle dit adieu à la bonne femme et embrasse l’enfant ; elle