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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/251

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Du Bois. — Oui.

Louis. — Mais qu’appelles-tu de l’espoir ? Je t’ai vu prendre pour des avances le hasard qui faisait qu’une femme passait dans la même rue que toi.

Du Bois. — Qu’appelles-tu toi-même de l’espoir ? Exiges-tu qu’elle m’ait fait une déclaration d’amour, ou qu’elle m’ait dit de me trouver sous sa fenêtre avec une échelle de soie, ou qu’elle m’ait donné la clé de sa chambre ? Je t’avoue qu’il n’y a rien de tout cela. Mais, vois-tu, faisons comme don Quichotte, ne poussons pas l’épreuve plus loin.

Louis. — Sérieusement, que s’est-il passé ?

Du Bois. — C’est une chose que l’on sent et qu’on ne peut exprimer ; mais enfin, je suis persuadé que, si j’envoie un bouquet, il sera accepté avec plaisir ; que, si je me présente dans la journée, je serai reçu avec toutes les grâces possibles ; que je trouverai mon bouquet honorablement placé et délicatement soigné, que sais-je ? Cependant restons-en là. Après tout, que me reviendra-t-il de cette plaisanterie ? Si je m’éprends de la veuve, si je réussis à la rendre sensible, tu arriveras au plus beau moment, et, comme dans les Précieuses de Molière, tu me reprendras ton nom, ton habit, et, qui pis est, ta fortune.

Louis. — Non ; tu te rappelles ce que je t’ai promis : si Arolise sort victorieuse de l’épreuve, tu épouseras la parente, cette jolie Mélanie qui est avec elle, et que Mme de Liriau dotera.

Du Bois. — Et si Arolise succombe ?

Louis. — Eh bien ! tu épouseras Arolise.

Du Bois. — Oh ! oh !

Louis. — Je t’en donne ma parole d’honneur.

Du Bois. — Alors, c’est bien ; tu es de bonne foi, et tu veux savoir à quoi t’en tenir.

Louis. — Oui. Arolise a paru faire quelque attention au batelier Louis : seulement, si c’est parce qu’elle soupçonnait dans le batelier le riche M. de Wierstein, si, du moment qu’elle croit que je ne suis réellement qu’un batelier, et que tu es M. de Wierstein, elle fait passer sur toi toute la bienveillance qu’elle m’avait un instant montrée, je ne veux plus d’Arolise, et, pour me venger d’elle, je te la fais épouser.

Du Bois. — Le compliment est joli… et alors tu prendrais la parente ?

Louis. — Non ; je renoncerai aux femmes pour toute ma vie.

Du Bois. — N’y avais-tu pas renoncé déjà une fois pour toute ta vie ?