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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/214

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mettre à fin une entreprise qui m’intéresse plus que rien ne m’a intéressé depuis long-temps. Je te raconterai cela une autre fois.

 « Louis. »


XVIII.


mélanie à caroline


« Continue à m’envoyer des descriptions, ma chère Caroline. Si tes lettres d’hiver étaient remplies de récits intéressans, de bals et de soirées, d’où le deuil me proscrivait, tu peux aujourd’hui me parler des belles fêtes de la nature et des plaisirs de l’été. Ici, à la ville, nous n’avons que quelques arbres qui vont perdre leurs panaches déjà flétris, et nous ne sommes qu’au mois de juillet ; les marronniers ont leurs feuilles entourées d’un cercle jaune : on dirait de grandes émeraudes enchâssées dans l’or.

« On a souvent bien médit des vieilles tantes, on a plaint les jeunes filles obligées de vivre avec des personnes âgées qui n’ont plus leurs goûts, et qui ne se les rappellent que pour les blâmer et les poursuivre d’une haine, la plus implacable des haines, celle qu’on éprouve pour ce qu’on a aimé.

« Eh bien ! j’aimerais mieux avoir deux vieilles tantes qu’une seule jeune comme la mienne.

« Tu connais ma tante : elle a dix ans de plus que moi, mais je n’en ai que dix-huit, c’est une des plus jeunes comme une des plus jolies veuves qu’on puisse voir. Mariée une première fois par ses parens, elle veut cette fois, dit-elle, se marier elle-même ; mais le mari qu’elle veut trouver est quelque chose de plus difficile à rencontrer que les merles blancs et les cygnes noirs, deux oiseaux que la patience des naturalistes a joué à la sagesse des proverbes le mauvais tour de découvrir. On dit qu’un peintre ou un sculpteur ancien fit une Vénus composée des perfections d’une trentaine de femmes choisies entre les plus belles. Ma tante Arolise a fait mieux : elle a fait une liste de tous les défauts qu’elle a pu trouver dans les hommes qu’elle a connus, et elle a formé une seconde liste de qualités opposées à ces défauts ; c’est de ces qualités que doit être muni son second mari. Ce second mari, à te dire vrai, me semble une invention dans le genre des tapisseries de Pénélope. Ma tante est coquette ; elle aime sa position ; dire qu’on veut se remarier, c’est couvrir d’un vernis d’honnêteté la