Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/198

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’opposition, — les hommes dont l’approbation vous était nécessaire ! N’employons-nous pas sans cesse à entendre les plus sots propos, à recevoir les plus honteuses ouvertures, un temps que réclament les intérêts de l’état, et qui ne leur est pas enlevé sans un dommage public ? Combien connaissez-vous de consciences et de convictions qui résistent à une première présidence ou à un siège dans le conseil d’état ?

LE COLLÈGUE.

Vous êtes désolant. Votre raison a desséché votre cœur ; mais, si vous dépouillez nos fonctions de toute gloire, de tout honneur à venir, que nous reste-t-il ? Ces hôtels que nous occupons comme une chambre d’auberge, hôtes d’un jour que cent autres y ont précédés, que cent autres y suivront ; les jouissances du luxe, un gros traitement, une voiture, le bruit du grand monde : vaines et tristes satisfactions ! Je préfère cent fois mon modeste réduit bourgeois à vos grands appartemens, un cercle d’amis intimes à vos réceptions d’apparat, et mon indépendance obscure à la servitude de votre vie officielle et éclatante.

LE MINISTRE.

Vous voilà dans l’autre excès. Faisons le bien sans prétendre à la gloire, servons notre pays sans attendre de lui aucune récompense ; vivons avec notre temps, et ne soyons ni plus hardis ni plus vertueux que nos contemporains. Qu’il nous suffise d’accomplir notre tâche avec les instrumens que la Providence nous a donnés et dans la limite des besoins et de l’attente du public, et quand viendra le moment de remettre en d’autres mains l’autorité dont nous sommes les dépositaires d’un jour, souvenons-nous des difficultés dont elle est entourée, et tenons-en compte à nos successeurs.

LE COLLÈGUE.

Que voulez-vous dire ? Sorti de l’opposition, j’y rentrerai. Je n’approuverai pas plus les abus, après avoir été ministre, que je ne les approuvais auparavant. La popularité de l’opposition me dédommagera de la perte du pouvoir et y préparera mon retour.

LE MINISTRE.

Pour moi, je resterai ministériel tout en cessant d’être ministre, et je croirai accomplir un devoir d’honnête homme et de bon citoyen.

LE COLLÈGUE.

Avouez que notre conversation a pris une singulière direction. On dirait, à nous entendre, que le cabinet est déjà renversé. J’espère bien qu’il a encore de l’avenir, et je ne le laisserai pas briser sans le défendre énergiquement. Mais, adieu ; je vous ai volé votre temps, et je fais attendre mes chefs de division, que je vois d’ici dans mou cabinet, la plume en arrêt et les portefeuilles béans ; ainsi donc, dans deux heures a j conseil, et un jour, vous sur les bancs