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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/195

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il se trouve. Je ne renonce pas à mes opinions ; je les garde pour le jour où elles seront applicables, pour les positions où je servirai le pays en les proclamant... Vous me faites faire des aveux qui scandaliseraient fort le National ou le Courrier, s’ils m’entendaient... Mais, pour reprendre ma question, l’attitude du roi ne vous a-t-elle pas frappé comme moi ?

LE MINISTRE.

Nullement. Il était peut-être moins gracieux qu’à l’ordinaire : quelque souci, quelque malaise...

LE COLLÈGUE.

Avez-vous remarqué que S... arrive toujours le premier et avant l’heure, pour causer avec le roi, qui a l’habitude de nous devancer tous ?

LE MINISTRE.

Je m’en suis aperçu comme vous ; il ne se contente pas des victoires de la tribune, il lui faut aussi la faveur royale ; c’est encore un parlementaire... pour l’opposition.

LE COLLÈGUE.

Ah ! grâce ; si vous continuez, je me retire.

LE MINISTRE.

Pure plaisanterie. Vous vous moquez aussi quelquefois de mon dévouement un peu prétorien, comme vous dites, à la personne de sa majesté.

LE COLLÈGUE.

Le président du conseil n’était pas non plus en bonne humeur. Éprouverait-il quelque difficulté qu’il nous cacherait ?

LE MINISTRE.

Eh, mon Dieu ! vous vous inquiétez toujours et pour rien. Une contrariété de famille le préoccupait. La politique y était entièrement étrangère. Mais mon attention, à moi, s’arrête sur des choses plus graves. Parlons à cœur ouvert et comme il convient à d’honnêtes gens qui s’estiment. Dites-moi, ne trouvez-vous pas que plusieurs de nos collègues perdent tous les, jours du terrain dans l’opinion, et que leur peu de capacité commence à n’être un secret pour personne ?

LE COLLÈGUE.

Je n’aurais pas osé en parler le premier. Le mal est réel, mais quel remède ? Quand un vieux bâtiment branle, le premier coup de marteau le fait crouler en entier. On risque plus à remplacer les poutres rongées par le temps qu’à conserver l’édifice tel quel. Nous ne sommes pas assez forts pour essayer un remaniement.