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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/188

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SCÈNE VIII.
LE MINISTRE, LE DÉPUTÉ.
LE DÉPUTÉ.

Je vous gêne, mon cher ministre.

LE MINISTRE.

Point du tout. Toujours enchanté de vous voir. Et Mme D... ? Je me propose d’aller bientôt lui faire ma cour. J’espère qu’elle est en bonne santé.

LE DÉPUTÉ.

Merci, parfaitement. Savez-vous que je suis tout léger et tout heureux en venant vous voir aujourd’hui.

LE MINISTRE.

Vraiment ! tant mieux ; cette bonne disposition me flatte.

LE DÉPUTÉ.

Devinez ce qui me la donne.

LE MINISTRE.

Je n’en sais rien, en vérité.

LE DÉPUTÉ.

Eh bien ! mon cher ministre, c’est que je n’ai rien à vous demander. Il y a des gens qui ne peuvent aborder un ministre sans lui tendre la main en quelque sorte. Ce n’est pas mon habitude. Je le disais l’autre jour à M. Dupont de l’Eure, auprès de notre grande cheminée de la salle des conférences : « Mon opinion ne peut pas être suspecte, car elle est désintéressée. » Il en est convenu avec sa bonne foi habituelle. Ne me parlez pas de ces visiteurs faméliques. Vous devez en avoir beaucoup, vous, la source des grâces, fons et origo, comme dirait Dupin.

LE MINISTRE.

Hélas ! oui ; c’est le revers de la médaille.

LE DÉPUTÉ.

J’éprouve une satisfaction réelle à me dire que je n’ai pas besoin de vous, que vous ne pouvez rien faire pour moi, et que cependant je suis un de vos soutiens les plus dévoués. Je ne me rappelle pas avoir voté une seule fois contre le ministère.

LE MINISTRE.

Voilà les étais de la monarchie !