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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/18

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M. Bressier se retira. Éléonore écouta s’éloigner le bruit de ses pas ; quand elle le pensa chez lui, elle ouvrit une fenêtre, sur laquelle elle plaça sa veilleuse ; puis elle fit une toilette de nuit pleine de coquetterie.

M. Bressier appelait Éléonore sa femme, parce qu’il était son mari ; mais il ressemblait, sous ce rapport, à certains marquis ruinés qui portent le nom d’une terre dont un autre mange les revenus, ou à certains évêques qui ne pourraient manquer d’être empalés s’ils se présentaient dans leurs évêchés, comme Maroc et Tunis, évêchés in partibus infidelium, au pouvoir des infidèles.

Un quart d’heure après l’apparition du signal, Marcel passait par la brèche découverte par Arnold, mais faite depuis long-temps par ledit Marcel, et en quelques instans il était auprès d’Éléonore, d’Éléonore plus heureuse qu’elle ne l’avait jamais été, car chaque nouveau tort, chaque ridicule plus odieux de son mari lui permettait de voir sa faute à elle avec moins de rigueur et de se donner des excuses.


III.


Or, quand Arnold, après avoir congédié ses conviés, avait à son tour passé, pour sortir, par la brèche qui lui avait donné entrée, il fut aperçu par trois vauriens qui avaient subitement interrompu leur promenade, et, après quelques mots échangés à voix basse, étaient retournés à un cabaret assez éloigné, où ils avaient passé une partie de la journée. Vers deux heures de la nuit, ils revinrent, et, après avoir rôdé autour de la maison, deux d’entre eux montèrent par la brèche et sautèrent dans le jardin, tandis que le troisième restait à faire le guet en dehors.

Éléonore, qui ne dormait pas, entendit quelque bruit dans la maison, et dit à Marcel :

— Dormez-vous, Marcel ?

— Non.

— Entendez-vous ce bruit ?

— Oui ; il y a déjà quelque temps.

— Grand Dieu ! est-ce que mon mari…

— Non, non ; n’ayez pas peur.

Et Marcel lui-même pouvait à peine parler, tant son cœur battait violemment dans sa poitrine. Il faut le dire ici, c’est, à ce que m’ont dit les adeptes, un des inconvéniens de l’adultère. C’est qu’un homme