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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/170

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en affronter les difficultés et les périls. Placés par la Providence dans les circonstances les plus heureuses, pouvant donner à leur prospérité nationale les bases les plus larges et les plus solides, ils veulent néanmoins détourner, eux aussi, le capital et le travail de leurs voies naturelles, et les engager dans des entreprises pleines d’incertitudes et de dangers. Singulière pensée que celle d’un peuple qui, possédant à un degré éminent les deux industries les plus solides et les plus fructueuses, l’agriculture et les transports, veut s’imposer de lourds sacrifices pour paralyser chez lui les échanges et se faire manufacturier ! Cette erreur est due en grande partie à la nature du gouvernement américain. Les gouvernemens fédératifs n’ont pas la puissance nécessaire pour lever des impôts ; ils ne sont pas assez maîtres chez eux. Pour que les contribuables consentent à remplir les coffres (lu gouvernement fédéral, il faut des circonstances extraordinaires, de ces évènemens qui excitent le patriotisme et appellent le dévouement. Dans les temps ordinaires, les gouvernemens fédéraux n’ont d’autre ressource que le produit des douanes. C’est là un impôt qui fait illusion au vulgaire. Il semble frapper les étrangers plus encore que les nationaux. Les consommateurs, lors même qu’ils le paient en tout ou en partie, selon les circonstances, ne le versent pas eux-mêmes dans les coffres de l’état. Ils ne sont pas choqués des variations que subit le prix d’une denrée qu’ils sont libres d’acheter ou de laisser. Il serait insensé de blâmer le gouvernement américain d’avoir recours à la seule ressource financière qui lui reste. Si le tarif n’avait pourvu qu’aux intérêts du fisc, il serait irréprochable. La mesure serait d’autant plus légitime que, par son organisation, le gouvernement des États-Unis a besoin de revenus assez considérables. Il ne peut pas, comme la confédération suisse, réduire son budget à une somme insignifiante ; mais, une fois la question du tarif mise sur le tapis, les préjugés nationaux et les intérêts particuliers l’ont saisie comme une proie et ont voulu s’en faire un moyen de satisfaction et de gain. Le tarif ne devait plus être une source de revenus, mais nu moyen de protection, une barrière contre l’industrie étrangère, un frein mis à la concurrence. En Amérique aussi, il est des hommes qui ont adopté la fameuse théorie des échanges sans équivalens, des hommes qui imaginent de pouvoir vendre leurs cotons, leur riz, leur tabac, à ceux dont ils ne voudraient plus recevoir les tissus, les vins, les outils. A mieux dire, ce sont les Américains des états du nord qui voudraient se réserver exclusivement le marché des états du midi, sans trop s’embarrasser de savoir quel serait le sort de ces derniers sous l’influence du système protecteur. Le génie prohibitif a pourtant trouvé quelque résistance dans le bon sens du gouvernement fédéral. Le tarif, sans être conforme aux principes et favorable au commerce, n’est cependant pas de nature à le paralyser complètement. Ainsi qu’on l’a déjà fait remarquer, les producteurs français ne sont pas des plus maltraités par le nouveau tarif. Nos principaux articles d’importation sont les soieries et les vins ; or, pour les soieries, le droit a été fixé au poids et réduit à 2 dollars et demi la livre,