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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/153

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currence du capital primitivement rassemblé pour l’achat des instrumens de travail tous les ouvriers qui offriraient des garanties de moralité. Provisoirement, et jusqu’à ce qu’une éducation nouvelle eût changé les idées et les mœurs, la différence des salaires serait graduée suivant la hiérarchie des fonctions, que le gouvernement réglerait pour la première année ; mais pour les années suivantes, les travailleurs ayant eu le temps de s’apprécier l’un l’autre, la hiérarchie sortirait du principe électif. On ferait tous les ans le compte du bénéfice net, dont il serait fait trois parts : l’une serait répartie par portions égales entre les membres de l’association ; l’autre serait destinée à l’entretien des malades et des infirmes, et à l’allégement des crises qui pèseraient sur d’autres industries ; la troisième enfin serait consacrée à fournir des instrumens de travail à ceux qui voudraient faire partie de l’association, de telle sorte qu’elle pût s’étendre indéfiniment. « Il va sans dire que le salaire devrait, dans tous les cas, suffire largement à l’existence des travailleurs, » mais chaque membre de l’atelier social disposerait de ses gains à sa convenance. Les capitalistes appelés dans l’association toucheraient l’intérêt du capital par eux versé, lequel serait garanti par le budget. Il y aurait lieu d’établir entre tous les ateliers appartenant au même genre d’industrie le système d’association institué dans chaque atelier en particulier, car il serait absurde, après avoir tué la concurrence entre individus, de la laisser subsister entre corporations. Chaque sphère de travail aurait donc un atelier central duquel relèveraient tous les autres, en qualité d’ateliers supplémentaires. Le commerce, qui est aujourd’hui le ver rongeur de la production, serait seulement associé aux chances bonnes ou mauvaises de l’industrie. Il suffirait que chaque atelier social eût un nombre de magasins et de dépôts en rapport avec les besoins de la population. La réforme agricole s’opérerait sur les mêmes bases. Chaque commune arriverait, par la suppression des successions collatérales, à se former un domaine qu’on rendrait inaliénable, domaine qui ne pourrait que s’étendre, et dont l’exploitation aurait lieu sur une grande échelle, suivant les lois conformes aux statuts des ateliers sociaux.

Dès la première lecture, les projets de ce genre soulèvent tant d’objections, qu’on éprouve quelque peine à les coordonner. La première remarque à faire est l’incompatibilité d’un tel régime avec le système des relations commerciales qui unit présentement les nations civilisées. Pour réprimer les effets de la concurrence, on se priverait de ses incontestables avantages. En effet, que le minimum suffisant des salaires soit taxé par les représentants du pays, ou par les ouvriers eux-mêmes, il est évident qu’on ne peut assurer une large existence aux associés qu’en élevant beaucoup la rétribution de la main d’œuvre. Dès-lors, il faut renoncer au commerce extérieur, car c’est presque toujours cette fatale nécessité de soutenir, la concurrence sur les marchés lointains qui détermine l’abaissement des salaires. Si les ouvriers voulaient soutenir la guerre commerciale contre l’étranger, ils se placeraient eux-mêmes dans une condition à peu près égale à celle dont ils se plaignent