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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/128

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a voulu prévenir les abus qu’on pourrait faire de sa méthode, en limitant la sphère au-delà de laquelle il n’y a plus de certitude scientifique.

Les historiens de l’économie politique n’ont pas peu contribué à introduire cette confusion blâmable. Aucun d’eux encore, à notre connaissance, ne s’est tracé un plan qui répondît aux exigences du sujet. La science dont ils ont prétendu expliquer les évolutions, compte à peine deux siècles d’existence. Elle date des jours où l’on a entrepris la décomposition et l’analyse des forces qui concourent à la création des richesses. Mais avant Quesnay et Smith des phénomènes économiques se produisaient, car tous les hommes d’état, à l’exception de Lycurgue peut-être, se sont proposé d’enrichir les peuples confiés à leurs soins. Pour les temps antérieurs aux systèmes, l’histoire de l’économie politique ne devrait donc être qu’une vérification par les faits des axiomes démontrés dans les écoles modernes : elle devrait, selon nous ; répondre méthodiquement aux questions suivantes : Comment s’est faite la fortune des principaux peuples ? Quelle a été, chez chacun d’eux, l’organisation du travail ? Comment, à quelles conditions, l’instrument du travail, le capital, a-t-il été mis aux mains des travailleurs ? Quelle a été la part faite à ceux-ci dans la distribution des richesses acquises ? Quelle influence a exercée sur la prospérité des nations le sort des classes laborieuses ?

M. de Villeneuve-Bargemont, qui vient de publier sous le titre d’Histoire de l’économie politique[1], des études historiques, philosophiques et religieuses sur l’économie politique des peuples anciens et modernes, semblait avoir apprécié mieux que ses devanciers la tâche à remplir. Nous avions conçu bon espoir, en lisant, dans une introduction judicieuse et d’un style élégant, qu’il s’était proposé de « rechercher, à travers les âges, les principes, le but et les moyens adoptés pour créer et distribuer les produits nécessaires à l’existence commune, dans les diverses organisations sociales qui se sont succédé. » Son plan admet deux ordres d’investigation, l’étude des idées et celle des faits. Après un tableau des révolutions sociales vient une analyse des opinions professées, en matière d’administration publique, par les philosophes et les savans de chaque âge. Cette sorte de bibliographie raisonnée, faite par un homme dont la critique est sûre et lumineuse, est d’une incontestable utilité : malgré quelques omissions, elle doit suffire au succès de l’ouvrage. Mais l’histoire des faits est bien moins satisfaisante que celle des opinions. Cette partie de la tâche présentait des difficultés que nous savons apprécier. Les élémens d’une histoire sérieuse de l’économie politique n’ont pas encore été rassemblés : les érudits se sont rarement fait initier aux mystères de la physiologie sociale ; les économistes ont presque toujours négligé d’acquérir ce qui leur manquait du côté de l’érudition. On pourrait insister sur ce reproche à l’égard de M. de Villeneuve-Bargemont. Il s’en est tenu communément aux généralités douteuses des narrations vulgaires ; aussi son livre est-il moins

  1. Deux vol. in-8°, chez Guillaumin, passage des Panoramas.