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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/125

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et plus de 7 millions d’ouvriers anglais seront jetés sur le pavé, sans pain et sans ouvrage. C’est en vain que l’Angleterre veut se soustraire à la solidarité mutuelle et commune des nations ; elle est enchaînée au monde avec les fers qu’elle s’est elle-même forgés.

Nous doutons beaucoup, cependant, que cette doctrine, qui considère la dépendance mutuelle des nations comme étant dans l’ordre providentiel, puisse jamais devenir populaire dans un pays où l’instinct de la nationalité est encore tout puissant. Aussi, croyons-nous qu’en Angleterre l’aristocratie territoriale représente, sinon les idées les plus philosophiques, du moins les sentimens les plus nationaux ; nous croyons que le parti du sol est non seulement le plus patriotique, mais encore le plus moral, parce que l’agriculture sert de contrepoids à cette tendance qui entraîne de plus en plus l’industrie vers les excès d’une production sans règle et sans limites. Mais ce parti ne peut remplir sa mission qu’à la condition de s’appuyer lui-même sur des bases saines et permanentes. Et le comble de la folie et de la témérité, c’est que le législateur transporte dans le royaume de la nature cet esprit factice qui règne dans le domaine de l’industrie, qu’il communique aux œuvres de Dieu cette vie artificielle qui, appartient aux productions de l’homme, et qu’il introduise jusque dans le sanctuaire des lois ce principe immoral de la spéculation et cette passion désordonnée du jeu qui corrompent et décomposent déjà les mœurs.


JOHN LEMOINNE.