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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/112

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sur les céréales. L’anxiété était portée au plus haut degré au dehors comme au dedans de la chambre. Pans la ville, toute la ligue était sur pied. Un meeting avait été tenu à trois heures dans la taverne de la Couronne et de l’Ancre, et, en sortant de la taverne, les ligueurs s’étaient mis en marche, deux de front, pour se rendre au parlement. Arrivés aux portes de la chambre, ils firent demander au président la permission d’entrer pour une députation de leur corps ; le président la refusa. Alors ils cherchèrent à pénétrer dans les galeries et dans les couloirs, mais les policemen intervinrent, repoussèrent les plus avancés, les refoulèrent sur la place, et les firent ranger en plein air des deux côtés de la porte. A mesure que les membres de la chambre arrivaient, ils étaient accueillis avec les cris de « A bas le monopole ! Le pain à bon marché ! » Après ces démonstrations bruyantes, le rassemblement reprit sa marche avec beaucoup d’ordre ; il rencontra sir Robert Peel qui se rendait à la chambre dans sa voiture, se remit à crier : « A bas le monopole ! » et continua paisiblement son chemin.

Il paraît qu’au dedans de la chambre la scène ne fut pas moins animée. Les chroniqueurs ont reproduit jusqu’aux moindres détails de cette séance solennelle. Sir Robert Peel n’arriva qu’à cinq heures. Tous les regards étaient fixés sur l’homme qui tenait entre ses mains les destinées de la Grande-Bretagne. Derrière la barre se pressait une foule d’étrangers et de membres de la chambre haute, au milieu desquels on remarquait le duc de Cambridge, un des oncles de la reine. Le premier ministre, après avoir causé un instant avec lord Stanley et sir James Graham, se leva et demanda que la chambre se formât en comité. Le plus grand silence s’établit au moment où il prit la parole. Il parla pendant près de deux heures avant d’attaquer le cœur de son sujet, promenant ses auditeurs en Amérique, en Allemagne, en France, en Russie, pendant que lord John Russell, M. Cobden, et tous ceux qui se préparaient à parier, prenaient des notes à la hâte. Il semblait jouer avec l’impatience de la chambre comme un pécheur joue avec l’amorce. Enfin, quand il aborda les détails proprement dits de sa mesure, il se manifesta un mouvement général qui fut suivi d’un profond silence. Ceux qui connaissent la disposition de la chambre des communes se figureront aisément cette scène. La salle provisoire où se tiennent les séances est occupée de chaque côté par plusieurs rangs de banquettes, au-dessus desquelles règnent deux galeries supérieures également réservées aux mem-