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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/109

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par « la pression du dehors, » auraient imposé à la législature le rappel des corn laws comme ils lui avaient imposé l’acte d’émancipation et l’acte de réforme. Mais tant que les whigs se trouvaient au pouvoir, ils contribuaient à maintenir ces lois impopulaires par cette complicité secrète et cette protection tacite que les gouvernemens accordent et doivent accorder à tout ce qui existe. Le parti libéral, de son côté, trouvait dans l’exercice du gouvernement une sorte de satisfaction morale ; en voyant ses représentans au pouvoir, il croyait que ses principes y étaient aussi, et il prenait patience. Ce fut ainsi que le ministère whig servit pendant long-temps de rempart aux classes privilégiées ; les coups destinés à ses adversaires se détournaient ou s’amortissaient en arrivant jusqu’à lui. Quand il tomba, le parti tory fut laissé à découvert et se trouva face à face avec l’ennemi ; il fut contraint de capituler, et son premier acte fut de prendre l’initiative de cette réforme qu’il avait constamment combattue.

Il est curieux de voir comment les chefs du parti whig résistèrent jusqu’à la dernière heure à l’impulsion de la réforme. Lord Melbourne disait en 1839 : « Je déclare devant Dieu que je considère ce projet comme l’idée la plus folle et la plus insensée qui soit jamais entrée dans un cerveau humain. » Et, en 1840, il disait encore « Comme je vois clairement et distinctement que cette réforme ne pourrait être accomplie sans la lutte la plus violente, sans causer beaucoup de mauvais sang, sans enfanter de profonds griefs, sans ébranler la société jusque dans ses fondemens, et sans laisser à sa suite toutes sortes d’amertumes et d’animosités, je ne crois pas que ses avantages puissent compenser ses dangers. Nous avons vu de nos jours de grands changemens qui ont secoué la société dans sa base, qui ont soulevé l’homme contre l’homme, divisé la nation en deux partis, et enfanté les plus profonds sentimens de discorde et de haine. Quant à moi, je ne veux pas les réveiller en les agitant follement et témérairement. »

Et cependant, un an après, le ministère dont lord Melbourne était le chef jetait au milieu du pays cette question brûlante et proposait une réforme générale des tarifs. Il ne prit, il est vrai, cette résolution que lorsqu’il fut aux abois ; c’était un legs forcé, un héritage inextricable qu’il laissait à ses successeurs. Un des hommes d’Angleterre qui connaissaient le mieux l’esprit public, lord Spencer, qui avait été long-temps le chef du parti whig dans la chambre des communes, sous le nom de lord Althorp, avait dit que tout ministère qui