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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/107

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gers, et, comme il avait doublé les frais de la production naturelle, il ne pouvait vendre qu’avec une perte de 100 pour 100.

On pourrait croire, au premier abord, que cette abondance des récoltes, qui ruinait les producteurs, augmentait du moins le bien-être des consommateurs en amenant une baisse de prix sur les marchés, et qu’il ne s’opérait alors qu’un déclassement de capitaux. C’est encore une erreur ; les consommateurs eux-mêmes ne profitaient de cette baisse que d’une manière passagère. Le fermier ruiné, ne possédant plus le capital nécessaire à l’exploitation de la terre, la laissait en friche ; le blé redevenait plus rare, par conséquent plus cher, et le consommateur, à son tour, était puni d’une année d’abondance par plusieurs années de disette. C’étaient ces fluctuations monstrueuses, dont le germe a malheureusement été conservé dans la législation actuelle, qui pesaient le plus durement sur la condition économique de l’Angleterre [1].

Ce n’est pas tout. Dans les temps de disette comme dans les temps d’abondance, l’Angleterre portait la peine de sa législation exceptionnelle. Dans un état de choses régulier, la richesse publique n’aurait souffert que partiellement des suites d’une année stérile. Les grains étrangers, auxquels l’Angleterre était obligée d’ouvrir ses marchés, auraient été payés avec des produits fabriqués, et l’industrie manufacturière aurait alors réalisé des bénéfices dont les lois prohibitives la privaient pendant les années ordinaires ; mais comme ces relations internationales étaient inconstantes et arbitraires comme les saisons qui les réglaient, le cours naturel de l’échange ne s’établissait jamais d’une manière assurée, et l’Angleterre se voyait forcée de payer ses importations en numéraire. Ce déplacement subit de l’or et de l’argent jetait le trouble dans tout le système monétaire du pays, et les manufactures, non-seulement ne voyaient point s’accroître leurs exportations, mais voyaient même décroître la consommation intérieure par suite de la rareté du numéraire.

Ce n’est pas tout encore. Dans les temps de disette, l’Angleterre faisait d’un mal local un malgénéral. Quand elle manquait de grains, elle allait en chercher sur les marchés étrangers, où la présence inattendue de ce nouvel acheteur stimulait la concurrence, et amenait une hausse dans les prix. Quelques spéculateurs faisaient fortune, mais la masse des consommateurs en portait la peine. C’est ainsi

  1. En 1801, nous voyons le prix du blé à 118 sh. ; en 1803, à 56 ; en 1812, à 125 ; en 1814, à 73 ; en 1817, à 91 ; en 1822, à 49.