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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/105

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de ce qu’il avait été de 89 à 94 ; c’est-à-dire au commencement de la révolution française, et de ce qu’il était dans le même moment en France et dans presque toute l’Europe [1].

Quand la paix eut rétabli les communications entre les peuples, on put croire que ces lois prohibitives seraient effacées du code britannique, et qu’elles disparaîtraient avec les dures nécessités qui les avaient fait naître ; mais là aussi l’élan était donné, la terre était engagée comme l’industrie. L’aristocratie foncière avait vu sa fortune s’accroître avec la même rapidité que les fortunes industrielles ; les grands propriétaires avaient placé toutes leurs terres comme les manufacturiers avaient placé leurs produits. Comme nous l’avons déjà dit, le sol naturellement destiné à la culture étant devenu insuffisant pour les besoins d’une population toujours croissante, il avait fallu féconder violemment, à force d’industrie et de capital, des terres jusqu’alors incultes, et les frais de cette exploitation artificielle avaient été couverts par l’élévation nominale de toutes les valeurs. Lorsque l’Angleterre fut de nouveau reliée au continent, et que le cours naturel des échanges commença à se rétablir, le blé étranger envahit les marchés et fit tomber le prix du blé indigène ; alors les cultivateurs, écrasés par cette concurrence inattendue et ne se trouvant plus indemnisés de leurs frais, renoncèrent à l’exploitation des terres inférieures. Mais cette culture forcée, qui maintenait le haut prix des grains, était en même temps la source des grandes fortunes territoriales. Il est évident, en effet, que l’emploi des terres de qualité inférieure augmentait régulièrement la valeur des meilleures terres, de sorte que les grands propriétaires voyaient leurs revenus s’élever ou descendre en proportion de l’extension ou de la restriction de la culture. Leur intérêt était donc de prolonger autant que possible cette situation exceptionnelle, et, comme les lois portées pendant la guerre ne suffisaient plus pour les protéger pendant la paix, ils en firent de plus rigoureuses encore [2].

En cette occasion, il faut le dire, l’aristocratie s’appuya sur les sentimens nationaux. Elle ne parla ni de ses droits, ni de la protection due aux capitaux qu’elle avait engagés dans la culture du sol sur la

  1. En 1800, le prix du blé était à 113 shellings le quarter (environ trois hectolitres) ; en 1801, à 118 sh. ; en 1810, à 106 sh. ; en 1812, à 125 sh.
  2. La loi de 1804 prohibait l’importation des grains étrangers tant que le prix du blé indigène n’avait pas atteint le chiffre de 63 sh. le, quarter ; la loi de 1815 éleva le chiffre de 63 à 80 sh.