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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1038

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du pouvoir que la ruine de Charles Ier avait fait tomber dans sa famille. Alors finit la vie politique du fils de Cromwell, l’histoire l’abandonne en disant seulement qu’il vécut paisible dans une petite métairie, seul bien qui lui fût resté de tout ce qu’avait possédé son père.

Quand la pièce commence, Olivier Cromwell vit encore. Richard, que ses goûts tiennent éloigné de Londres, fréquente sous un nom emprunté un vieux château du comté de Berks, où sont deux femmes, lady Régine Torringham et miss Hélène Newport, dont il est aimé également, mais dont une seule l’a touché. Lady Régine, celle qui aime sans être payée de retour, conspire pour les Stuarts contre le protecteur. Elle cherche à unir, dans l’intérêt de ses desseins, un vieux gentilhomme royaliste, lord Penruddock, qui représente la noblesse dévouée sans intelligence, et un puritain, Ephraïm Kilseen, qui représente la bourgeoisie intrigante, et vénale. Tout en conspirant, elle n’oublie pas son amour, et elle espère bien obtenir du gouvernement qu’elle aura rétabli d’insignes faveurs pour M. Clarke ; c’est le nom sous lequel elle connaît Richard Cromwell. Pendant qu’elle noue des intrigues, on apprend la mort du protecteur ; voilà qui va venir en aide aux partisans de la cause royale. Richard, avec son humeur farouche et débonnaire, ne doit pas être un souverain difficile à renverser. Peu s’en faut que le fils d’Olivier ne prévienne sur-le-champ, dès qu’on lui annonce le coup qui le prive de son père, les désirs de lady Torringham. S’il est aimé de miss Hélène Newport, dont il n’a pas encore reçu les aveux, il renoncera au rang paternel pour se livrer tout entier à son bonheur. Hélène va lui déclarer ses sentimens, quand arrive le général Lambert, qui apprend à miss Newport le nom véritable de M. Clarke, et obtient de sa générosité qu’elle cache sa passion pour que Richard conserve le trône. Richard, qui se croit dédaigné, se résigne à prendre la puissance qu’on lui décerne, et, sans se faire connaître, il quitte, pour aller régner à Londres, le château où il a failli être heureux. Les complots de Régine continuent. On fait des offres à Monk, qui se trouve à la tête d’une partie de l’armée. L’ancien compagnon de Cromwell se laisse ébranler ; une entrevue avec Charles II, qui débarque en Angleterre et vient demander l’hospitalité à lady Torringham, achève de le séduire. Hélène, dont nul ne se défie, apprend les dangers qui menacent Richard, et se décide à l’aller prévenir. Introduite auprès du protecteur, elle laisse deviner son amour à l’émotion qui s’empare d’elle. Ce secret connu, Richard se soucie fort peu de tous les autres secrets que vient lui révéler la jeune fille. Pendant le petit nombre de mois qu’il a passés au pouvoir, il n’est point de blessures qu’il n’ait reçues dans ses sentimens d’honnête homme. Puisque le bonheur lui vient, il n’a plus besoin du trône. Il quitte le palais où Cromwell errait la nuit, ayant à ses côtés l’ambition et la peur, pour aller vivre sous un toit que le sommeil ait l’habitude de hanter. Voilà la donnée du drame de M. Scribe ; comment a-t-il su tirer parti de cette donnée ?

Il faut le reconnaître, ce qui fait un tort réel à toute la pièce, c’est le rôle de lady Régine. M. Scribe avait l’occasion de créer un caractère qui suffirait à