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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1018

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contact avec les Chinois. Des hostilités ouvertes éclatèrent entre eux en 1680, et se terminèrent par un traité régulier, signé en 1689, qui posa les premières bases du commerce international. Les Russes y perdirent la navigation de l’Amour, mais ils y gagnèrent l’établissement de relations commerciales régulières. Cependant ces relations ne furent définitivement assurées que par le traité signé à Isiachta en 1728. C’est ce traité qui règle encore aujourd’hui le commerce des deux empires. Il y fut convenu qu’une caravane russe pourrait aller à Pékin tous les trois ans, sous la condition qu’elle ne serait pas composée de plus de deux cents personnes. Dès que la caravane arrivait à la frontière, elle devait le faire annoncer à l’empereur, qui enverrait un agent à sa rencontre pour la conduire à Pékin. Kiachta et Tuemchaitu, deux places frontières de la Sibérie, furent désignés comme l’entrepôt des relations des deux peuples.

Le commerce actuellement existant entre la Russie et la Chine est un commerce d’échanges. Le marchand chinois vient d’abord à Kiachta, il examine la marchandise qu’il demande dans les magasins du marchand russe, et quand les prix sont fixés, les marchandises sont scellées en présence du Chinois. Les deux marchands s’en vont ensuite à Maimatchin, où le Russe choisit à son tour ce dont il a besoin, puis il laisse après lui un agent qui se fait remettre les marchandises chinoises et les emporte à Kiachta.

Les fourrures et la pelleterie constituent le principal article d’exportation russe en Chine. Presque tout cet article vient de la Sibérie et des îles nouvellement découvertes ; mais, comme cette production n’est pas suffisante pour couvrir la demande des Chinois, les Russes font venir à Saint-Pétersbourg des fourrures étrangères qu’ils envoient à Kiaclita. Le second article d’exportation est le drap : le plus grossier est fabriqué en Russie, le plus fin vient de France, d’Angleterre et de Prusse. A ces articles il faut joindre encore la flanelle, le stoff, le velours, le gros linge, le cuir de Russie, le verre, la quincaillerie, le bétail, les chiens de chasse, etc. De leur côté, les Chinois importent en Russie de la soie brute et manufacturée (bien que l’exportation de la soie brute soit, dit-on, interdite sous peine de mort), du coton, du thé, de la porcelaine, des meubles, des jouets d’enfans, des fleurs artifcielles, des peaux de tigre et de panthère, des rubis, des matières colorantes, du tabac, du riz, de la rhubarbe et du musc. Le commerce avec la Chine est très avantageux aux Russes, en ce qu’ils peuvent écouler dans ce grand empire des fourrures de qualité inférieure qui ne vaudraient pas le transport en Europe, tandis que les fourrures très chères, trop chères pour les Russes, sont aussi aisément placées en Chine. La valeur de ce commerce, y compris les articles de contrebande, est estimée à 4 millions de roubles ; le chiffre de l’année présente, exclusion faite des articles de contrebande, est de 2,868,333 roubles.

C’est le thé qui constitue le premier article du commerce de la Chine avec le monde. Le thé commença à être importé en Europe seulement au XVIIe siècle (1602 à 1610), et aujourd’hui l’Europe et l’Amérique en enlèvent annuellement 60 millions de livres.