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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/1009

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De son côté, le gouverneur des provinces de Kiang, voyant la ville sous le feu des Anglais, avait ouvert des négociations avec le plénipotentiaire britannique, et dès le 5 août avait écrit à sir Henry Pottinger :

« Le gouverneur-général des provinces de Kiang apprend que l’honorable envoyé désire arranger une conférence avec lui et l’ancien ministre Elepoo. C’est avec grande joie que le gouverneur-général apprend ceci ; mais, comme Elepoo est loin, il ne peut arriver avant un. ou deux jours. Le gouverneur général sera à l’endroit fixé le 6 août vers le soir ; il n’aura pas plus de dix ou vingt suivans avec lui. »

Pendant ce temps, le céleste empereur lui-même commençait à connaître la vérité. Ses généraux avaient beau user de circonlocutions pour consoler son amour-propre, ils ne pouvaient plus lui dissimuler le danger qui le menaçait. Les Anglais avaient intercepté une lettre du gouverneur tartare commandant la garnison de Nankin, dans laquelle il disait à l’empereur : « L’esclave de votre majesté, Tecupee, à genoux, rapporte qu’une portion de la garnison de Chin-Kiang, qui s’est ouvert un passage avec des femmes et des enfans, s’est réfugiée à Nankin… L’esclave de votre majesté les a soigneusement interrogés. Les soldats disent que, quand les barbares rebelles ont attaqué la place, ils ont résisté avec courage et tué beaucoup d’étrangers, et que, s’ils avaient reçu des renforts, ils auraient infligé un rude châtiment à ces barbares. En ce moment, la capitale provinciale de Nankin est dans le plus pressant danger ; les meilleures troupes sont à la suite du général qui répand la terreur (Yeking), qui a établi ses quartiers à Chang-Chou. Or, cette ville est loin, et nous ne pouvons en attendre du secours. Ces pensées affligeantes, qui occupent nuit et jour l’esclave de votre majesté, remplissent toute son ame d’un feu perpétuel. »

Le 15, les plénipotentiaires chinois arrivèrent. Ils étaient trois : Kee-Ying, membre de la famille impériale ; Elepoo, commandant de Chapou, qui avait été dégradé pour avoir rendu des prisonniers anglais ; et Gnu, général des provinces de Keang-sou et Keang-si. Ils communiquèrent au plénipotentiaire anglais leurs pouvoirs, qui furent trouvés en règle, et après plusieurs conférences, on signa des deux parts les conditions d’un traité de paix. Après la signature, les Anglais tirèrent une salve d’artillerie, et les relations furent immédiatement rendues libres entre l’expédition et les indigènes. Les trois mandarins firent une visite au plénipotentiaire et aux commandans anglais à bord du Cornwallis. Les officiers de sa majesté britannique, en grand uniforme, conduisirent les officiers de sa majesté céleste dans toutes les parties de la frégate, et leur firent entendre le God save the queen ; après quoi ils leur firent faire de copieuses libations de liqueurs européennes, et les dignes mandarins s’en retournèrent dans leur ville, enchantés et plus que gais.

Voici les stipulations du traité signé à Nankin, et qui est probablement destiné à devenir un des plus importans que l’Angleterre ait jamais conclu :

1° Il y aura paix et amitié durable entre les deux empires.