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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/742

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un moment au bal. — Convenons donc que nous nous retrouverons ici.

Dans ce moment Flamminia et le lieutenant rencontrent Filucca qui sort du bal. Filucca raconte que sa goutte le fait souffrir, que, pour se distraire, il a hasardé quelques sequins, et qu’il vient d’en gagner vingt.

— Je me suis retiré avec ce petit bénéfice. — Qui a gagné, dites-vous ? reprend Flamminia. — Moi, belle dame. – A merveille ; confiez-moi donc vos vingt sequins. — Qu’en voulez-vous faire ? voudriez-vous les garder ? — Non, non ; mais donnez toujours. -Filucca donne les vingt sequins. — A présent, dites-moi ce que vous voulez en faire - Je veux les jouer pour votre compte.

Vers la fin du bal, le lieutenant et Raymond le poète se retrouvent de nouveau avec Filucca. Filucca s’adresse à Raymond :

— Sortez-vous du jeu ? — Oui. — Auriez-vous rencontré donna Flamminia ? — Oui ; la pauvre dame a une mauvaise veine. Hélas ! mes pauvres sequins ! — Elle est venue me cajoler, me priant de risquer pour elle un écu sur le tapis ; je m’en suis fort gracieusement dispensé.

Flamminia a tout perdu, et la fête tire à sa fin ; elle rentre échevelée, et s’adressant au lieutenant : — Partons, lui dit-elle, j’ai tout perdu ; je ne veux pas rester un moment de plus à cette maudite fête. — Le lieutenant, occupé de rattraper le portrait qu’on vient de lui enlever, lui répond brusquement : Raymond vous accompagnera, laissez-moi. — Je suis désolé, dit Raymond, mais je ne le puis. (A part.) Je ne veux pas payer la voiture.

En vérité, les folies des masques et des personnages populaires de la comédie dell’ arte sont autrement divertissantes que ces froides platitudes ; encore une fois, ces mœurs basses révoltent, et, avec la meilleure volonté du monde, on ne peut s’en amuser.

Nota, comme tous les esprits froids et timides, s’est presque constamment placé à la suite d’un autre. Il imite indifféremment Goldoni, Molière ou Colin d’Harleville ; mais il imite en dénaturant. Il ôte à Colin d’Harleville sa finesse et sa bonhomie, à Goldoni son feu, à Molière sa verve comique, et quand il a refondu péniblement les meilleurs ouvrages de ces divers auteurs, il les jette dans son moule uniforme, d’où ils sortent contrefaits et méconnaissables. Croirait-on, par exemple, que l’avocat piémontais ait eu l’incroyable prétention de refaire le Malade imaginaire de Molière ? C’est là surtout que se