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un mari maussade et raisonneur, une amie dévote, méchante et jalouse, un séducteur des plus vulgaires, un père brutal, et des valets qui spéculent sur les bonnes mains des soupirans de madame. Don Fulgence, le mari, voit fort clair dans la conduite de sa femme ; il la défend néanmoins contre les accusations du colonel Odoardo, son père, et contre les insinuations de ses valets et de sa sœur ; puis, tout à coup, se ravisant aux premières apparences d’infidélité ; il lui défend brutalement d’aller à un bal où il sait que le lieutenant Guillaume, son amant, doit se trouver. Donna Camille s’indigne, s’irrite, crie, pleure, supplie, mais en vain, quand tout à coup, sur une pensée qui lui vient à l’esprit, Fulgence change encore une fois d’avis, et promet de la conduire à ce bal. Tous deux, en effet, s’y rendent masqués. Ils y rencontrent le lieutenant. Celui-ci, connaissant la défense du mari, mais ignorant sa nouvelle résolution, y a mené une femme galante. Camille, cachée par son masque, entend les discours du lieutenant et de sa rivale ; elle ne peut plus douter de la perfidie de celui qui se disait son amant ; elle profite du moment où il montrait à sa rivale son portrait qu’elle avait eu la faiblesse de lui donner, pour le lui escamoter adroitement, et se retire avec son mari. On devine le reste. Guérie par cette épreuve et par une scène fort ridicule que lui fait son mari, de retour du bal, scène dans laquelle il feint assez mal à propos de se séparer pour jamais de la coupable repentante, Camille congédie le lieutenant et implore son pardon. Don Fulgence n’a garde de le refuser, et tous deux se rendent à la campagne pour retremper leur amour dans la solitude. Cette donnée, comme on voit, est celle de l’École des Vieillards, avec cette différence cependant, que Fulgence est beaucoup trop jeune pour jouer convenablement le triple rôle de sot, de jaloux et de donneur de leçons. L’exécution, à notre avis, est loin de sauver ce que le sujet a de commun ; l’exécution a fait tout le succès de la pièce de M. Delavigne. Le style du drame de Nota a quelque chose à la fois d’élégant et de vulgaire qui peut plaire à la foule, mais qui ne saurait satisfaire un goût délicat. On dirait un conte moral de Marmontel dialogué et mis en action. Les personnages sont tout-à-fait à la hauteur de leur situation, c’est-à-dire que nul d’entre eux n’est intéressant, ni même amusant ; ce sont des gens grossiers et mal élevés qui ont mis de beaux habits neufs dans lesquels ils sont gênés, et qui, se trouvant en société, s’efforcent de se tenir et d’agir le plus convenablement qu’ils peuvent, mais trahissent toujours, par leur langage, des habitudes et une condition vulgaires. Quelque bonne volonté qu’on ait, on ne se résigne