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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/499

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nouvelles et de l’état actuel de l’Orient, en aurait conclu qu’il fallait faire tourner au profit de l’Europe, de son industrie, de son commerce, la reconstitution politique de l’Égypte et de la Syrie sous la main de Méhémet-Ali. En garantissant ses possessions, ainsi que l’empire ottoman tel qu’il est de fait aujourd’hui, l’Angleterre et la France, et avec elles la Prusse et l’Autriche, qui ne pouvaient manquer de se joindre aux deux premières puissances, auraient obtenu du pacha toutes les concessions désirables pour la liberté et la sûreté des communications commerciales. Et qui en aurait plus et mieux profité que l’Angleterre, qui, par ses immenses possessions, la puissance de ses capitaux, la hardiesse de ses spéculateurs, la force de sa navigation, n’a certes pas à redouter de rivaux en Orient. Nous nous trompons ; elle a un rival terrible à redouter, un rival qui a plus de fer que d’or, plus de sabres que de bobines, la Russie, à qui lord Palmerston tend si galamment aujourd’hui la main pour l’introduire en Orient et lui apprendre le chemin du Kaboul.

Dans son aveuglement, le noble lord ne s’inquiète pas des dangers que prépare à l’Angleterre la puissance russe. La. Russie a flatté ses penchans aventureux, ses antipathies personnelles ; elle s’est mise en quelque sorte et avec une condescendance très habile à sa disposition ; le noble lord est content. Que lui importe ce qu’il léguera à son pays et à ses successeurs dans le cabinet ?

Mais la France ! Le noble lord ne s’en inquiète pas davantage. Il nous croit inféodés au système de la paix. Il répète probablement avec complaisance tous les propos de nos politiques de café.

Il ne sait pas, ce nous semble, tout ce que nous devons aujourd’hui de force, de puissance réelle en Europe à la paix soigneusement gardée pendant ces dix ans. Nous ne parlons pas de l’accroissement prodigieux de richesses et de forces matérielles qui s’est opéré dans cette période. C’est avant tout de la force morale que nous parlons, c’est du drapeau tricolore se déployant aujourd’hui à la face des nations, sans réveiller aucune de ces antipathies et de ces colères qu’avaient excitées les conquêtes immodérées de l’empire. Le monde sait désormais que la France veut, avant tout, ce qui est équitable, équitable pour elle et pour tous. Le monde sait qu’elle ne cherche point de bouleversement pour le plaisir de bouleverser, des guerres pour enlever aux peuples leur nationalité ; mais il sait aussi, la Grèce, l’Afrique, la Belgique l’ont prouvé, qu’elle ne recule devant aucun sacrifice le jour où l’on engage avec elle une question d’honneur et de dignité nationale. Que ce soit en Orient ou en Occident, peu importe. Les bras de la France sont longs, et le jour où malgré son amour du travail et du repos on la forcerait à accepter la lutte, ce jour-là elle saurait fermer les ateliers de la paix pour ouvrir les ateliers de la guerre, ce jour-là il n’y aurait plus en France ni opinions diverses, ni discussions, ni partis ; ce jour-là, qu’on le sache, la France unanime prendra ses points d’appui partout où le besoin s’en fera sentir.

En résumé, quoi qu’il arrive, que Méhémet-Ali résiste vigoureusement ou qu’il succombe, si la lutte commence, il faudrait un miracle pour qu’elle ne se