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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/483

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Ce rôle ne lui appartient pas. Les ministres choisis par la reine sont, pour nous, les ministres légitimes de la royauté espagnole, quelle que soit leur origine ; si leur conduite surtout, comme celle de tous les hommes éclairés par le pouvoir, est humaine et modérée, l’ambassadeur de France fera avec eux, comme avec d’autres, les affaires des deux gouvernemens, en formant des vœux pour l’ordre, pour la reine, pour cette noble monarchie espagnole qui manque à l’Europe, et dont le retour au rang des grandes puissances est à la fois un besoin et un souhait sincère de la France.

Ces scènes tragiques, en d’autres temps, auraient fait oublier toute autre chose en Europe ; mais lord Palmerston s’est chargé de les faire oublier, toutes grandes qu’elles soient, par la grave résolution à laquelle il vient de pousser ses collègues et les représentans des cours du Nord. Autant qu’il était en lui, il a rompu l’alliance anglo-française, alliance sur laquelle repose depuis dix ans la paix du monde ! Quoi de plus grave en effet ? quoi de plus digne de l’attention inquiète de l’univers ?

Sans doute la paix n’est pas encore rompue ; mais le lien qui retenait les passions de l’Europe est brisé ou près de l’être. Comment ne serait-on pas alarmé d’une telle résolution ? comment ne demanderait-on pas compte au ministre anglais de la témérité qui menace le repos du monde ?

De bas ennemis, qui dans une situation pareille ne voient que des hommes à décrier, s’adressent au cabinet du 1er mars et lui disent : Eh bien ! cette alliance anglaise que vous avez préconisée avec tant de complaisance, qu’est-elle devenue ? Vous avez donc soutenu une fausse politique ; vous vous êtes trompé, retirez-vous !

Rien n’est plus indigne qu’un tel langage ; le cabinet actuel a toujours voulu l’alliance anglaise, et a bien fait de la vouloir. Si quelqu’un pouvait la sauver, c’était lui ; mais les choses étaient si avancées, qu’il ne l’a pas pu, et que personne ne l’aurait pu à sa place. Les faits connus de tout le monde en font foi.

Quand le cabinet du 1er mars est arrivé, les propositions Brunow allaient être signées. Une idée du général Sébastiani a seule différé cette signature ; le général avait suggéré au cabinet anglais la pensée d’appeler à Londres un plénipotentiaire turc, pour traiter avec ce plénipotentiaire la question d’Orient. Cette idée, adoptée par lord Palmerston, avait fourni le moyen de gagner deux mois. De plus l’arrivée d’un nouvel ambassadeur, M. Guizot, l’avènement d’un nouveau ministère, celui de M. Thiers, étaient des motifs d’interruption