Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/471

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


car il opérait sur le sol, sans table ni gobelets, et complètement nu, sauf le turban et la ceinture que les Hindous ne quittent jamais ; donc, pas de manches, pas de gibecières. Son cabinet consistait en quelques mauvais paniers de bambou destinés à porter les serpens, qu’il escamotait aussi et faisait paraître et disparaître avec une telle adresse, que le plus fin n’y eût rien compris. Ainsi, d’un mouchoir déroulé, secoué et mis au vent comme un pavillon, je le vis faire sortir une de ces cobras, laissée dans un panier près de moi, à une très grande distance du lieu où il se trouvait, en sorte que, voyant le nid de l’animal entièrement vide, je soupçonnai qu’il s’était frayé un chemin sous terre.

Ce qui donnait à cette représentation un caractère pittoresque et animé, c’étaient les physionomies enfantines de ces petits groupes si franchement effrayés et si franchement réjouis ; puis ici une jeune fille, revenant de puiser de l’eau au pied de la pagode, s’arrêtait, la cruche sur la tête, et, après avoir prêté un instant d’attention au spectacle, reprenait sa route vers le village ; là un vieux Mahratte, le bouclier sur l’épaule, la lance au poing, se levait sur l’étrier, et bientôt retombait dédaigneusement sur sa selle ; plus loin de jeunes enfans attardés accouraient si vite, que quelques-uns tombaient en chemin. L’aîné plaçait le plus jeune sur sa hanche, à la manière des Hindous, et, pliant sous le faix, traînait par la main le reste de la famille.

C’était une scène de nature, sans manière ni affectation, et en vérité je ne sais rien de si gracieux que ces figures plus ou moins brunes penchées en avant ; ces têtes étranges chargées de pendans d’oreilles et d’anneaux passés dans le nez, appuyées sur deux petites mains couvertes de bracelets ; ces genoux pliés sous le menton et ces pieds ornés de gouyouroux sonores : car tel est le vêtement des habitans de l’Inde jusqu’à ce que l’âge leur apprenne à porter quelque chose de plus que des ornemens.

Cependant les tours de magie continuaient sans interruption. Le jongleur tenait à la main une cruche aussi impossible à vider que le tonneau des Danaïdes l’était à remplir ; il versait l’eau à terre, la jetait dans son oreille et la rendait par la bouche, s’administrait des douches sur la tête, et toujours le vase était plein jusqu’au bord.

Ensuite il tira de son sac une paire de pantoufles de bois plus larges que la plante de ses pieds. Après bien des discours et des charges, il finit par faire adhérer à ses talons nus ces semelles très polies, et fit plus de gambades avec de telles chaussures que n’en pourraient faire à l’Opéra de jolis petits pieds chaussés d’élégans escarpins. Tantôt