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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/438

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ce qu’il demandait surtout au gouvernement, c’étaient les conditions nécessaires de stabilité. La guerre et le despotisme militaire l’avaient éloigné de Napoléon dans les dernières années de l’empire. Il crut à la durée de la restauration, mais ne sacrifia aucune de ses convictions au gouvernement des Bourbons. M. de Frayssinous et M. de Villèle faisaient grand cas de la justesse de son esprit, et le consultaient. Ils songèrent même à le faire nommer député à Pithiviers ; mais, chose assez bizarre, il échoua, parce que les libéraux qui lui étaient opposés rappelèrent habilement aux légitimistes que M. Poisson était né roturier, et que son père avait été juge de paix sous la Convention. Après la révolution de juillet, il craignit longtemps une conflagration générale ; mais dès qu’il put croire que la nouvelle dynastie s’affermissait, il s’y rattacha sincèrement. Il n’a guère eu le temps de prendre part aux délibérations de la chambre des pairs, où, sans aucun doute, sa haute raison et ses connaissances l’auraient fait distinguer. Lorsqu’il apprit sa nomination, il se borna à dire aux personnes qui l’entouraient : « Cela fera bien plaisir à ma femme. » Pour lui, ce qui le touchait surtout, c’était d’être admis dans un corps auquel Laplace avait appartenu, car rien n’égalait sa vénération pour la mémoire de ce grand géomètre, et rien ne le flattait autant que les rapprochemens qu’on établissait entre lui et l’auteur de la Mécanique céleste.

Simple par goût et modéré par caractère, il savait cependant allier à ces qualités une grande ténacité dans les idées. Il n’aimait pas à se décider, et lorsqu’on lui parlait d’une affaire quelconque, on pouvait