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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/423

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Sur la terre, on a vu de tout temps les ténèbres succéder à la lumière, la durée des jours varier avec les mois, et les saisons se suivre avec des changemens notables dans les températures. Dans le ciel, les phases de la lune, les éclipses, la différente position des planètes, ont été observées dès la plus haute antiquité. Mais on s’est aperçu de bonne heure que ces divers phénomènes étaient périodiques, et avant qu’on en connût la théorie, leur retour régulier à des intervalles déterminés et en général fort courts les fit considérer comme constituant l’état normal de notre système planétaire. Il en est de même de beaucoup d’autres phénomènes qu’on n’a pu suivre et étudier que depuis l’invention du télescope, et dont la périodicité devient manifeste après une série plus ou moins longue d’observations. Une telle régularité rassure l’esprit et en bannirait toute crainte lors même que la théorie ne viendrait pas démontrer la nécessité de ces retours. Cependant il existe certains élémens du système du monde dans lesquels les observations nous font découvrir des variations très lentes, des augmentations ou des diminutions continuelles, sans que depuis plusieurs milliers d’années on ait jamais pu apercevoir aucune période, ni aucun point d’arrêt. Ces inégalités séculaires, nom qu’elles doivent à la lenteur avec laquelle leurs effets se manifestent, sont les plus difficiles à étudier, surtout parce que l’observation se borne à en faire connaître l’existence, et que la théorie seule peut en déterminer les lois. Ainsi, par exemple, lorsque vers le milieu du XVIe siècle, en comparant les anciennes observations avec les modernes, Ignace Danti [1] découvrit la variation de l’inclinaison de l’écliptique [2],

  1. Delambre et Montucla attribuent cette découverte à Tycho-Brahé, mais elle se trouve indiquée à la page 86 du Trattato de l’Astrolabio, que Danti fit paraître à Florence en 1569, c’est-à-dire quatre ans avant la publication du traité De Nova stella, qui est le premier ouvrage du grand astronome danois.
  2. L’écliptique est, comme on le sait, l’orbite que le soleil paraît décrire annuellement dans le ciel. Le plan qui passe par l’écliptique coupe le plan de l’équateur terrestre, et l’angle que ces deux plans forment entre eux est ce qu’on appelle l’inclinaison de l’écliptique. Cette inclinaison s’exprime par le nombre de degrés, comptés sur le méridien, qui sont compris entre l’équateur et chacune de ces lignes qu’on a nommées tropiques. C’est, en d’autres termes, la latitude des tropiques telle qu’on la trouve marquée sur les cartes géographiques et sur les mappemondes. Depuis long-temps cette latitude diminue, et les tropiques se rapprochent lentement de l’équateur. On a démontré que cette diminution ne saurait s’étendre au-delà d’une certaine limite. Si une telle limite n’existait pas, les tropiques finiraient par se confondre avec l’équateur, et alors le soleil se trouverait toujours dans la position qu’il occupe actuellement le jour de l’équinoxe de printemps ou de celui d’automne