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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/412

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d’améliorer la législation civile de ses peuples et leur condition sociale, il est entré franchement, sans se laisser arrêter par les murmures de sa noblesse, dans la voie du progrès. Le but auquel tant d’autres pays ne sont arrivés qu’à travers les révolutions, la Prusse l’a atteint, sans luttes intestines, en peu d’années, par la seule volonté de son roi et l’influence de ses hommes d’état. La révolution est aujourd’hui à peu près consommée dans son état civil ; il lui reste à l’accomplir dans son état politique. Si cette monarchie appartient encore par les formes extérieures de son gouvernement au système absolutiste, elle appartient à la nouvelle Europe par les lumières de son peuple, par sa civilisation avancée et par son état social. Des trois grandes monarchies absolues du continent, elle est évidemment la première qui abandonnera les vieux erremens et viendra se rallier aux gouvernemens libres. Puissent ses hommes d’état et le prince qui occupe aujourd’hui le trône comprendre les nécessités du siècle, et acquitter la dette du sang versé dans les champs de Lutzen et de Leipsick ! La Prusse aurait un beau et noble rôle à remplir, celui de chef du parti constitutionnel en Allemagne. N’est-il pas naturel que la maison qui a concouru avec tant d’énergie, au XVIe siècle, au triomphe de la réforme religieuse, prenne sous son patronage la réforme politique ? L’ascendant moral qu’une telle position lui assurerait sur toutes les populations germaniques serait irrésistible. Elle y puiserait une force de cohésion et d’assimilation bien autrement puissante que celle qu’elle espère trouver dans ses alliances commerciales. Groupés autour de cette monarchie et unis par la conformité de leurs institutions et de leurs intérêts matériels, tous les états constitutionnels de la confédération ne formeraient plus qu’un seul système puissant et compact, qui, prenant ses points d’appui dans les gouvernemens représentatifs de l’Europe, opposerait un front impénétrable aux envahissemens du Nord. La France doit faire des vœux ardens pour que la Prusse embrasse hardiment ce système. Rapprochés par la similitude de leurs gouvernemens, ces deux grands états ne tarderaient pas à former entre eux une alliance intime qui leur assurerait, dans les affaires du monde, une suprématie décidée. La Prusse est un monument inachevé, construit sur un plan vicieux. Tant qu’elle n’aura pas acquis, par une meilleure distribution de son territoire, une force de concentration et des frontières militaires au nord et au midi, dont elle est aujourd’hui dépourvue, elle sera mécontente, inquiète, ambitieuse : elle sera tôt ou tard pour l’Europe un élément de troubles. Parvenue par la guerre au point de grandeur incomplète où nous la